Par Habib TRABELSI
A moins d’un miracle, les centaines de partisans de l’«idéologie déviante», adeptes d’Oussama ben Laden, vont connaître leur «Jour du jugement» en comparaissant devant le tribunal islamique: plusieurs têtes semblent vouées au sabre, à en croire experts, journalistes et internautes qui s’acharnent à désigner les «égarés» à la vindicte populaire.
Le prince Nayef annonce la couleur
En annonçant le 21 octobre le prochain jugement de près d’un milliers de membres présumés de l’"Organisation d'Al-Qaïda dans la Péninsule des Arabes", la branche locale de la mouvance terroriste, le ministre de l’Intérieur, le prince Nayef ben Abdel Aziz, n’avait laissé planer aucun doute sur le sort des «déviants», selon la phraséologie saoudienne.
«Les tueurs ont perpétré à l’intérieur du territoire national plus de 30 opérations. Ils ont commis des explosions, des meurtres et des enlèvements. Ils ont semé la terreur», avait déclaré le ministre, ajoutant que de tels actes relèvent de la «haraaba», qui désigne les crimes majeurs, en particulier celui de «faire la guerre à Dieu ou de «semer la corruption sur la terre», selon la loi islamique (charia), appliquée strictement en Arabie.
Le ministre avait détaillé le bilan des pertes humaines causées par les «égarés»: 90 tués et 439 blessés parmi les civils et 74 tués et 657 blessés parmi les forces de sécurité. Celles-ci ont fait avorter plus de 160 autres opérations terroristes et saisi trois tonnes d'explosifs, plus de 25 tonnes de produits pouvant entrer dans la confection d’explosifs, ainsi que «des quantités de cyanide», ou sulfure d’hydrogène (un poison mortel), avait précisé le ministre dans un communiqué.
La presse enchaîne
Le quotidien saoudien Al-Hayat a aussitôt conclu que «les terroristes, d’une vingtaine de nationalités différentes, comptaient utiliser ce produit hautement mortel dans des assassinats ou pour empoisonner l’eau potable» dans le royaume.
Des craintes similaires ont été exprimées par Mustapha Al-Aani, directeur du département de la lutte antiterroriste au Centre d’Etudes du Golfe. «Si les terroristes avaient pu utiliser toutes ces quantités d’explosifs et de cyanide, le nombre de morts aurait été ahurissant», a-t-il déclaré au journal.
Plus d’une semaine avant l’annonce faite par le ministre, plusieurs journaux et sites internet avaient déjà commencé à rivaliser en «révélations» sur le procès de «la minorité déviante» et à interroger des responsables, des experts en terrorisme, des oulémas ou de simples «observateurs» sur les tenants et aboutissants de la décision des autorités, qui avait trop tardé.
«Le début du procès signifie que les forces de sécurité ont pris le contrôle de la situation après avoir déjoué les plans d’Al-Qaïda», a ainsi estimé cheikh Abdel Mohsen Al-Oubaikan, conseiller au ministère de la Justice, dans une déclaration le 13 octobre sur http://www.islamonline.net/, le site de l’influent théologien qatari d’origine égyptienne Youssef Al-Qaradawi.
«Mais ceci ne signifie pas que l’extrémisme et le terrorisme ont été éradiqués», a toutefois averti cheikh Oubaikan, en soulignant que «le jugement des personnes impliquées dans des actes terroristes répondait à une demande pressante pour qu’un châtiment exemplaire et dissuasif soit infligé à ceux dont la culpabilité sera établie».
Depuis, tous les journaux saoudiens ont versé dans le sens de cheikh Oubaikan.
«Le procès des terroristes doit répondre aux questions difficiles dans le dossier du terrorisme», écrivait notamment le quotidien al-Madina.
«Qui finance les terroristes? Qui les arme ? Comment ont-ils pu s’assurer le soutien logistique à l’intérieur du royaume pendant plusieurs années ? Qui leur a bourré le crâne pour qu’ils se fassent exploser pour aller au paradis promis ? Il y a trop de points d’interrogation», écrivait l’éditorialiste, en dénonçant «les fatwas trompeuses de certains prédicateurs et imams de mosquées».
Haro sur les «takfiristes» !!
Le même jour, la presse annonçait la mort d’un jeune saoudien, identifiés seulement par ses initiales «A.F.» dans une opération-suicide contre des forces de la coalition à Kandahar (sud de l’Afghanistan) où il s’était rendu en août dernier à l’insu de ses parents pour «répondre à l’appel au jihad».
Dans l’une de ses dernières lettres à sa mère, il se disait très heureux de se promener entre les rivières «paradisiaques» de l’Afghanistan, a rapporté le frère du «martyr» à Al-Hayat.
Le journal avait maintes fois dénoncé «le lavage de cerveau» que font subir les adeptes du jihadisme aux jeunes saoudiens qu’ils envoient au paradis peuplé de houris à bord de voitures bourrées d’explosifs.
C’est pourquoi les trois prédicateurs «takfiristes», cheikhs Ali Al-Khoudhaïr, Nasser al-Fahd et Ahmed Al-Khaldi, figurent, selon la presse, en tête de liste des «déviants notoires» devant comparaître devant les juges désignés pour ce procès-marathon.
Les trois oulémas sunnites, qui ne font pas partie des cercles religieux officiels, sont connus pour leur sympathie pour ben Laden. Ils sont sous les verrous depuis le 28 mai 2003, soit 16 jours après le triple attentat contre des complexes résidentiels à Ryad (35 morts, dont neuf Américains et 12 kamikazes), les premiers de la longue série d’attaques attribuées à la branche locale du réseau terroriste.
En mars 2003, avant le déclenchement des opérations militaires en Irak, les trois religieux avaient mis en ligne des "fatwas" appelant au "jihad" et décrétant que "quiconque apporterait une assistance aux Croisés est un athée et un apostat".
Parmi «les accusés-vedettes», figurent également Ali ben Abderrahman Al-Ghamdi, décrit par la presse comme «l’ingénieur des explosions de Ryad» et qui s’était rendu aux autorités en juin 2003.
Il faut y compter aussi Fares Al-Zahrani, connu pour son aversion aux membres des services de renseignement et Salah ben Abdallah Al-Rachoudi, un ancien directeur d’un bureau de la «Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice» dans la région du Qassim, le fief du wahhabisme rigoriste.
«Experts» et activistes, même combat
«Enfin, le terrorisme sur la balance de la justice», titrait le 22 octobre un éditorialiste du quotidien Al-Watan. «Les terroristes face au Jour du jugement !», écrivait en écho Al-Hayat.
«Le procès des terroristes atteste de la crédibilité de la transparence de l’Etat saoudien: pas de condamnation sans jugement», commentait Al-Iqtissadiya, «sur la foi d’experts sécuritaires et des universitaires».
Parmi les experts cités, figuraient notamment le général Mohamed Al-Harthi, ancien officier de la Sûreté générale, le général Abdel Samia Qadhi, ancien directeur-adjoint de la police de La Mecque, et Mohammed Al-Zahrani, professeur de sociologie à l’université d’Oum Al-Qora.
Même l’Association non gouvernementale chargée de la défense des droits de l’Homme s’est félicitée, dans un communiqué, de «l’attachement de l’Etat, que Dieu le préserve, à la réalisation de la justice».
Plus émouvant, le quotidien Al-Madina a titré le 23 octobre, photo à l’appui, http://al-madina.com/node/64472 «Les enfants des martyrs réclament le châtiment», en référence notamment aux 74 tués parmi les forces de sécurité.
Le journal publiait en même temps une déclaration du ministre des Affaires islamiques et des Waqfs (Biens religieux), cheikh Salah ben Abdel Aziz Al-Cheikh, affirmant que «le jugement des membres de la minorité égarée répondait aux souhaits de leurs propres parents et des parents des victimes, civiles et militaires, des opérations terroristes».
Des internautes se déchaînent
Mais les commentaires des internautes étaient autrement plus vindicatifs.
«Ils ont tué des innocents sans autre forme de procès … et maintenant, ils bénéficient d’un procès équitable !! », s’est indigné «Saïd».
«Ils ont souillé l’islam. Ils ont rétabli le colonialisme dans des pays islamiques. Nous réclamons justice. Mort aux égarés !», a approuvé «Ahmed Al-Harbi».
«Nous demandons aux juges de bourrer leurs vêtements d’explosifs et de les faire exploser. Qu’ils aillent retrouver les houris du paradis!», s’est même enhardit jusqu’à dire «Abou Salman».
25.10.08
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire