4.10.08

L’«âne d’Iblis» relance le débat sur la conduite de la femme

Par Habib TRABELSI

Un permis de conduire de la bicyclette, délivré il y a 50 ans par la police religieuse en Arabie saoudite où le vélocipède à pédale était appelé «âne d’Iblis», suscite actuellement le sarcasme de Saoudiens et remet sur le tapis la question du droit de conduire pour les femmes du royaume ultraconservateur.

Conditions draconiennes pour enfourcher un vélo
Le permis a été exposé récemment par un Saoudien dans son musée privé à Burayda, le fief du wahhabisme pur et dur dans la province d’Al-Qassim, et reproduit samedi (4 octobre) par le quotidien Al-Riyadh.

Selon le journal, le permis n’était délivré par la Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», chargée de faire appliquer scrupuleusement la charia (loi islamique), que sous des conditions draconiennes, «en raison du rejet, à l’époque, par la société» de cette invention diabolique.

Sa délivrance avait lieu en présence du omda (maire), de notaires, de témoins et du chef de la tribu du propriétaire du vélo.

Celui-ci devait s’engager notamment à n’utiliser sa «monture» qu’«en cas de nécessité» et pour se rendre uniquement de son domicile à son lieu de travail.

Il ne doit pas aussi «enfourcher son balai» la nuit tombée, ni l’utiliser pour transporter du pain ou des céréales. Il doit aussi s’engager à ne pas l’utiliser dans le marché ou à le louer.


Un paria
Le propriétaire du «véhicule de Satan» devenait aussitôt un paria: dès qu’il pointait à l’horizon, les hommes maudissaient le diable et les femmes se couvraient le visage et se détournaient, écrivait le journal dont l’information, reprise par de nombreux sites internet, a suscité des centaines de commentaires aux premières heures de la journée.

Un lecteur racontait que le roi Fayçal ben Abdel Aziz (1904-1975) a dû intervenir plus d’une fois pour régler des litiges, qui ont failli dégénérer en règlements de comptes sanglants, entre des habitants dont des enfants ont été heurtés et très légèrement égratignés par des «ânes sataniques».

Certains lecteurs en ont profité pour en rigoler et déverser leur mépris sur les «hommes d’al-hesba», les traitant d’«d’ignorants» et d’«hyprocrites».
«Ils rejettent tout ce qui est moderne, comme la télévision, la parabole ou le téléphone portable, puis ils sont les premiers à en profiter», écrit l'"ennemi d'Abou Jahl" (le père de l'ignorance).

Femme au volant: peut-être pour demain, mais à quel prix ?
Mais la plupart des lecteurs ont réclamé le droit de conduire pour les Saoudiennes.
«Dans cinquante ans, il y aura une génération qui se moquera de nous et s’étonneront qu’on interdise à la femme de conduire», écrit Fouad Fawaz.

«Il fut un temps où le fait d’aller à La Mecque en voiture rendait le pèlerinage nul et non avenu, où celui qui introduisait la télévision chez lui était inscrit sur la liste noire de son quartier, où nos grands-mères, voire nos mères, se couvraient le visage devant un présentateur à la télévision … L’Histoire se répète … Un jour viendra où l’on reconnaitra à la femme le droit de conduire», écrit Abdallah.

«Mais, il ne faudrait pas attendre cinquante ans !!», rétorque Abou Adnane.

«Faut-il à chaque fois mêler la conduite de la femme à toutes les sauces», proteste Rached.
«La conduite de la femme comporte des dangers à ne pas comparer avec l’’’âne d’Iblis’’: elle est préjudiciable à la société et contraire à la charia» (loi islamique), décrète-t-il péremptoirement.

L'Arabie saoudite est le seul pays au monde à interdire aux femmes de conduire, qu'elles soient saoudiennes ou étrangères.

En mars dernier, le Conseil consultatif (Majles al-Choura) avait recommandé d'autoriser les femmes à conduire, mais il avait imposé des conditions draconiennes, dont l’obligation d’avoir au moins 30 ans, une autorisation d’un tuteur mâle ( (père, mari, frère, ou fils), de ne pas conduire seule dans les villes et d’ être accompagnée d'un parent en dehors des villes.

HT/

Lien:
http://www.alriyadh.com/2008/10/04/article378386.html?comment=all#21

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