30.10.08

La police religieuse défraie encore la chronique

Une septuagénaire accusée de violation de la ségrégation sexuelle
Par Habib TRABELSI

La police religieuse saoudienne défraie encore la chronique: elle accuse une septuagénaire de violation, pendant Ramadan, le mois de jeûne musulman, de la ségrégation sexuelle, en vigueur dans le royaume ultraconservateur d’Arabie saoudite.

La septuagénaire, une Saoudienne, est actuellement interrogée par le parquet, rapporte jeudi (30 octobre) le quotidien Al-Watan.

Agée exactement de 65 ans, atteinte de plusieurs maladies attestées par plusieurs rapports médicaux, veuve, sans ressources et entretenant quatre jeunes filles dont une infirme, la Saoudienne avait été interpellée dans son domicile à Ryad par des membres de la police religieuse, ou «moutawa», précise le journal, citant Fahd Al-Ftiman, l’avocat de la septuagénaire.

La vieille dame avait été «surprise dans une khilwa illégale avec un homme de bienfaisance qui s’enquérait de sa situation et lui donnait une somme d’argent», rapporte encore Me Ftiman, citant la police religieuse.

Selon le journal, le «Oumda du quartier (équivalent d’un maire) et plusieurs imams de mosquées avaient confirmé que la vieille dame et ses quatre filles vivaient de l’aide de bienfaiteurs.

La «khilwa», ou rencontre entre un homme et une femme n'appartenant pas à la même famille immédiate, constitue une infraction à la charia (loi islamique). Elle est passible de peines allant de coups de fouet à l'emprisonnement.

Les moutawa sont chargés notamment de veiller à la stricte séparation des sexes et de traquer les trafiquants d'alcool ou de drogue, les prostituées, les proxénètes, les homosexuels et les travestis qui arborent des tenues vestimentaires contraires à l’islam et cherchent à singer l’Occident.
Cette police a été accusée ces dernières années en Occident de graves violations des droits de l’Homme. Certains de ses membres ont été impliqués dans plusieurs affaires, notamment des meurtres causés par les méthodes brutales utilisées par des moutawa pour faire appliquer scrupuleusement la loi islamique.
Me Ftiman a estimé que «les agissements» des moutawa, qui dépendent de la «Commission pour la promotion de la vertu et de la prévention du vice», un organisme d’Etat rattaché au gouvernement, constituaient «une violation des droits de l’Homme et une atteinte, sans aucune preuve, à la réputation» de sa cliente.

«Arrêter cette vieille femme rien que parce qu’elle était en compagnie d’un homme de bienfaisance pendant le mois béni !! Cette accusation ne relève-t-elle pas de la diffamation ? Les hommes de la Commission dépassent leurs prérogatives», s’indigne pour sa part «Abou Saoud», l’un des dizaines de lecteurs qui ont commenté cette «première» aux premières heures de la journée.

«Cela dépasse toute logique: ce bienfaiteur n’a pas trouvé mieux que cette vieille femme pour violer la Khilwa ?. Je propose la candidature des moutawa qui avaient arrêté cette septuagénaire au Prix Nobel de la Vertu», ironise «Abou Razzan».

Mais «Abou Khaled» relève que «quatre jeunes filles se trouvaient aussi dans la maison» investie par les moutawa. Et selon lui, ces derniers «doivent avoir leurs raisons » d’intervenir.

Et «Ahmed al-Harbi» de renchérir: «Après tout, les hommes de la Commission n’ont pas accusé la septuagénaire et son bienfaiteur d’avoir commis un acte immoral flagrant (ndlr: adultère). Ils les accusent de Khilwa illégale, ce qui est, en soi, une violation de la loi, indépendamment de l’âge» dit-il «en toute logique».
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