5.10.08

Arabie: anxiété pour les fonds placés aux Etats-Unis

Par Habib TRABELSI

Des voix se sont élevées dimanche (5 octobre) en Arabie saoudite pour demander haut et fort à la Banque Centrale de sortir de son mutisme et de dire toute la vérité sur les éventuelles répercussions de la crise financière internationale sur les fonds saoudiens placés à l’étranger, notamment aux Etats-Unis.

Sayari: aucune crainte
Les appels de banquiers, d’experts et d’éditorialistes de l’ensemble de la presse écrite saoudienne interviennent pourtant après la promulgation par le président américain George Bush d’un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars, devant, en principe, donner au Trésor américain les moyens d’intervenir sur le secteur financier.

Cependant, depuis le «lundi noir à Wall Street » (le 15 septembre), les rares déclarations saoudiennes officielles sur les éventuelles répercussions de la crise qui secoue le système financier international, sont plutôt apaisantes.

«L’état de nos investissements à l’étranger est bon», avait déclaré le 17 septembre lors d’une conférence de presse le gouverneur de l’Agence monétaire saoudienne, Hamad ben Saoud Al-Sayari.

«La crise financière n’a pas eu de répercussions directes sur les banques saoudiennes et nous avons pris des précautions pour protéger notre système financier», avait ajouté M. Sayari, en démentant des informations de presse sur «un déficit en liquidités».

Davantage de transparence
«Les banques saoudiennes connaissent une véritable crise de liquidités, n’en déplaise à l’Agence monétaire. Cette crise est susceptible d’influer négativement sur la capacité des banques locales de financer leurs prêts à long et à court termes», a rétorqué le banquier saoudien Salahedine Khashoggi, dans un article sur «les effets de la crise financière internationale sur les banques saoudiennes», publié dimanche par le quotidien Al-Watan.

«Il y a des centaines de milliards de dollars investis par les pays arabes du Golfe, dont l’Arabie saoudite, aux Etats-Unis et en Europe… Mais il n’y a pas d’informations sur l’ampleur des éventuelles pertes (causées par la crise financière internationale). J’exige des ministres des Finances, des directeurs des Banques centrales des pays du Golfe davantage de transparence», écrit dans Al-Watan le journaliste économiste saoudien, Abdallah Sadek Dahlane.

30% des fonds de Saoudiens en passe d’être rapatriés
Al-Watan, citant un membre de l’Association des experts comptables saoudiens, fait état du retrait imminent de 30% des liquidités de Saoudiens placées aux Etats-Unis.

«Au cours du mois d’octobre, 30% des fonds placés par des particuliers saoudiens aux Etats-Unis seront rapatriés et réinvestis dans le marché financier du Golfe», a affirmé Abdallah Al-Barrak.

L’un de ces particuliers, Khaled al-Atiq, a affirmé au journal que la crise lui a déjà fait perdre «plus de 15% » de son capital.

Son confrère, Ali Al-Mahmadi, qui opère également en Europe, affirme que «bon nombre d’investisseurs du Golfe ont subi les effets de la crise. Ils ont perdu toute confiance dans les marchés financiers étrangers et s’apprêtent à rapatrier progressivement le gros de leurs avoirs».

Selon des estimations rapportées en février dernier par CNN, citant un rapport économique de la Saudi British Bank (SABB), les investissements privés saoudiens aux Etats-Unis s’élevaient fin 2006 à plus de 420 milliards de dollars.

Les Etats-Unis, un géant économique aux pieds d’argile
Plusieurs autres banquiers et économistes, cités par d’autres quotidiens, notamment Al-Riyadh, Okaz, Al-Madina et Al-Jazirah, ont pressé la Banque centrale, non seulement d’observer toute la transparence et de déclarer les pertes réelles, mais aussi de définir les moyens de récupérer ces pertes.

«Est-il logique que nous soyons à l’abri de la tornade ? A combien s’élèvent les pertes ? Pourquoi ce silence ? A-t-on prévu des plans pour parer aux éventualités ?», se demande Mohamed Suleiman Al-Angari dans Al-Jazirah.

Abdel Hamid Al-Oumri, membre de l’Association des économistes saoudiens, estime que «le plan de sauvetage américain aura peut-être un effet à court terme (...) mais qu’à long terme, l’économie américaine est vouée à davantage de crises».

Il se lance ensuite dans des prévisions apocalyptiques sur la dette publique américaine et le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis ».

«C’est donc une erreur pour l’économie saoudienne, en plein essor, de rester tributaire d’un pays dont l’économie connaît une faiblesse sans précédent depuis la crise de 1929», ajoute l’économiste, en appelant les autorités des pays du Golfe, notamment saoudiennes, à commencer par «abandonner la parité avec le dollar américain, responsable de l’inflation» galopante, officiellement proche de 10% en Arabie Saoudite.
Pour l’instant, seul le Koweït a rompu ses liens avec le billet vert.

HT

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