Par Habib TRABELSI
Plusieurs membres de la «Commission pour la promotion de la vertu et la répression du vice», la police des mœurs en Arabie saoudite, ont été arrêtés pour agression d’habitants et violation de la loi en vigueur dans cette monarchie fondée sur une interprétation stricte de la charia (loi islamique).
Selon la presse locale, les arrestations ont touché deux groupes de moutawa, ou membres de la police religieuse relevant de la Commission, impliqués dans des courses-poursuites rocambolesques en voiture contre deux jeunes couples suspectés de violation de la stricte séparation des sexes, le 5 octobre, respectivement à Ryad et à Médine.
Un autre membre de cette redoutable police a également été arrêté pour avoir passé à tabac sa domestique, très probablement asiatique, à proximité d’un tribunal religieux.
L’arrestation des membres des deux groupes de cette milice religieuse, a été ordonnée par Ibrahim Al-Houimel, le vice-président de la Commission, un organisme de l’Etat, dans la ligne de mire et l’Occident et de plus en plus sur la sellette dans le royaume.
Elle a été annoncée lundi (13 octobre) par le quotidien Al-Watan qui n’a pas précisé le nombre de moutawa arrêtés.
A Ryad, la chasse au couple s’était soldée par une série de carambolages de plusieurs véhicules endommagés par le jeune homme épouvanté. Aussitôt arrêté, il a été roué de coups et sa compagne rudoyée, selon plusieurs journaux.
A Médine, la cavalcade a dégénéré en une bataille rangée entre des membres de la milice religieuse et des proches du jeune saoudien qui avait été battu impunément.
Al-Watan affirme lundi que les parents du jeune et de son épouse, également brutalisée, allaient demander des dommages et intérêts.
Le même jour, deux autres quotidiens, al-Hayat et Okaz, ont fait état de l’arrestation dans la province d’Al-Leith, au sud de Djeddah, d’un moutawa arrêté en flagrant délit de tabassage d’une domestique, à deux pas du tribunal religieux. Il l’accuse d’avoir déversé de l’huile brulante sur son fils et jeté au rebus le tablier scolaire de sa fille.
Okaz a précisé que «l’agresseur» est un récidiviste : trois ans auparavant, il avait été reconnu coupable de participation à un tabassage collectif d’un ressortissant soudanais dans une autre région du royaume.
Ces agressions en série ont soulevé une vague de protestations, amenant le président général de la Commission, cheikh Ibrahim Ghaith, à briser le silence et à désavouer ses hommes de terrain.
«Aucun membre de la Commission n’est immunisé. Son règlement interdit catégoriquement la poursuite (en voiture) des suspects. Il stipule de relever le numéro d’immatriculation (du suspect en fuite) et de signaler aux autorités compétentes pour qu’elles procèdent à son arrestation», a-t-il rappelé le 8 octobre dans une interview à Okaz.
Mais ce coup de semonce n’a pas mis fin à la nouvelle levée de boucliers contre la commission, déjà accusée en Occident de graves violations des droits de l’Homme et dont des membres avaient été impliqués dans plusieurs affaires, notamment des meurtres causés par les méthodes brutales et illégales utilisées pour faire appliquer la loi islamique.
«Les abus de cet appareil de l’Etat ont atteint un degré inacceptable (…). Quiconque prétendra que de tels agissements, ces violations des droits de l’Homme, ces ingérences dans la vie privée des gens (…) émanent de la religion, commet une calomnie contre la charia», écrivait le 10 octobre Mohamed ben Abdellatif Al-Cheikh, l’éditorialiste du quotidien Al-Jazirah.
«Dans notre société, tout le monde est supposé criminel, jusqu'à ce que sa culpabilité soit prouvée», écrivait le lendemain son confrère d’Al-Riyadh,
Hachem Abdou Hachem dans un article d’une rare violence contre la Commission qui, selon lui, risque de «transformer tous les membres de la société en véritables criminels à force de les poursuivre, de les espionner et de les persécuter».
La virulence de ces attaques est toutefois bien en-deçà des centaines de critiques caustiques d’internautes. D’ailleurs, ceux-ci n’arrêtent plus depuis plusieurs mois de pourfendre cette institution qui représente, selon l’un d’eux, «une offense pour tout le pays qui dépense des milliards de dollars pour embellir son image à l’étranger».
«Qui pourrait croire qu’à Ryad, le nombre de bureaux de la Commission est plus du double de ceux de la police !», s’exclame «Choujaa», pseudonyme signifiant «courageux», en arabe.
«Si au moins ils ne violent pas la loi et ne propagent pas le vice», ironise «Abou Tammam».
«Il ne faut pas les mettre tous dans le même sac ! Les erreurs de quelques uns ne doivent pas nous faire oublier les louables services rendus par la Commission, comme l’avait dit notre émir Nayef», rétorque «Ibrahim».
Le ministre de l ’Intérieur, le prince Nayef ben Abdel Aziz avait admis que des "erreurs individuelles" avaient été commises au sein de la police religieuse. Mais il avait rejeté toute remise en cause dans son ensemble de cet organisme.
13.10.08
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