11.10.08

Crise financière: hors de la charia, pas de salut !

Par Habib TRABELSI

Au moment où ministres et grands argentiers des principaux pays riches tentent d’endiguer la panique du krach financier international, des imams des mosquées, des économistes et des écrivains soulignent à l’envi depuis l’Arabie que la finance islamique est le seul remède contre les journées noires en série.

Imams-prédicateurs: la finance islamique est la solution
L’onde de choc de la catastrophe financière n’a pas épargné les imams de la plupart des mosquées en Arabie saoudite, qui en ont profité pour se répandre en louanges interminables de la finance islamique fondée notamment sur l’interdiction de l’intérêt (riba), la prohibition de la spéculation et le partage des risques et des profits entre les contractants.

Ces spécificités de la finance islamique, revues en hausse à la lumière du tsunami financier, ont été au centre des prêches durant la prière hebdomadaire du vendredi (10 octobre), dont des extraits sont reproduits samedi par des journaux locaux.

Plusieurs imams et khatibs (prédicateurs) ont démontré, plus ou moins savamment, les bienfaits de l’application des principes de la finance islamique qui, selon eux pourrait offrir une alternative salutaire à l’actuelle économie de marché.

La finance islamique triomphera … «délectation» mise à part
«Le communisme sera éradiqué dans cinquante ans. Le capitalisme, également, disparaîtra et, seule, la finance islamique perdurera», a déclaré au quotidien Al-Watan, Dr Saïd Al-Awiss, imam et khatib de la mosquée Iskan, à Dammam (est). Il a précisé avoir développé cette idée dans son prêche, consacré presque exclusivement à la crise, et plus particulièrement au «riba».

Cheikh Abderrahman Al-Raqib, président des tribunaux dans la province méridionale, a affirmé au journal avoir recommandé aux imams et aux musulmans de «ne pas se délecter de la situation économique des Occidentaux provoquée par les récents effondrements (…) et de se consacrer à prier pour que les musulmans n’en subissent pas les retombées».

La finance islamique fait des émules … en Occident
La presse saoudienne a par ailleurs accordé une large place à des économistes, des écrivains et des éditorialistes économiques.

Le directeur général et membre du conseil d’administration d’Arab Finance House (Beit al-Tamwil al-Arabi), Fouad Nadim Matragi, se félicite que la crise ait épargné les banques islamiques, les qualifiant d’«abris sécurisés pour les liquidités» parce qu’ «elles sont intrinsèquement immunisées contre de telles crises».

L’analyste économico-islamique, Dr Ahmed Al-Islambouli, s’attarde sur les raisons profondes de «l’échec du système financier capitaliste (…) qui pèche notamment par sa vision égoïste qui privilégie les intérêts d’une catégorie particulière (de la société), alors que la finance islamique est fondée sur l’équité».

Et l’écrivain-journaliste-économiste Dr Abdel Hafidh Mahboub, démontre, exemples à l’appui, que «la finance islamique est la solution adéquate à la crise économique mondiale».

Mahboub en veut pour «preuves (…) l’orientation de la Grande-Bretagne à devenir un centre de la finance islamique (…) et la récente tendance de plusieurs pays occidentaux à intégrer certains principes de la finance islamique» à l’actuelle économie de marché.

Vincent Beaufils à la rescousse
Peu après le déclenchement, le lundi noir 15 septembre, à Wall Street de la catastrophe financière, qui n’en finit pas de se répandre, plusieurs journaux, et non seulement en Arabie saoudite, ainsi que des forums de sites internet, se sont donnés un malin plaisir à prodiguer les louanges à la finance islamique, mais aussi à …. l’éditorialiste français Vincent Beaufils.

Celui-ci avait écrit un article publié dans le magazine économique «Challenges» où il disait notamment que «si nos banquiers, avides de rentabilité sur fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la charia, nous n'en serions pas là».

L’article, dans lequel l’éditorialiste préconisait le recours à la finance islamique, traduit en arabe, a fait le tour du monde arabe et suscité une avalanche de commentaires laudatifs sur des forums et autres blogs arabes.

L’Université d’Al-Azhar ne demeure pas en marge
Le quotidien saoudien Al-Madina annonce d’ailleurs samedi que la prestigieuse Université d’Al-Azhar au Caire s’apprêtait à organiser un colloque sur la crise financière internationale, «du point de vue islamique», auquel ont été conviés «un grand nombre d’experts économiques, d’universitaires et d’oulémas ».

Citant Dr Mohamed Abdelhalim Omar, le directeur du centre organisateur, le journal précise que «le colloque vise à œuvrer pour l’application de la charia islamique, la solution indiquée pour sortir de la crise financière internationale».

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