Par Habib TRABELSI
Après avoir distribué cadeaux et bonbons à des habitants dans l’est de l’Arabie saoudite pendant la fête du Fitr pour redorer son blason, la police religieuse vient de jouer du bâton à Médine et à Ryad en rossant des jeunes soupçonnés de violation de la ségrégation sexuelle, en vigueur dans le royaume ultraconservateur.
Les incidents dans ces deux villes ont déjà soulevé une vague d’indignation parmi les lecteurs de plusieurs journaux et surtout des sites électroniques.
Selon Al-Watan, des membres de cette redoutable police ont pourchassé dimanche à bord d’une Jeep un couple de jeunes qui circulaient en voiture à Médine (ouest).
Médine: une course poursuite qui tourne en bataille rangée
La course poursuite a dégénéré en une violente bagarre avec des proches du jeune saoudien qui a été rossé par les «hommes d’al-Hisba», communément appelés «moutawa».
Son épouse a été malmenée par un membre de cette police qui dépend de la «Commission pour la promotion de la vertu et la répression du vice».
Le journal, très friand d’affaires impliquant cet organisme d’Etat, affirme disposer de séquences de la course rocambolesque, filmées par des témoins oculaires à l’aide de leurs téléphones portables.
Mais le directeur de la Commission à Médine, Abdallah Al-Zahrani, cité mardi par Al-Watan, a soutenu que la jeune fille qui était en compagnie du jeune saoudien avait profité de la mêlée pour s’échapper dans une autre voiture. Selon lui, elle avait été aussitôt remplacée par la véritable épouse qui cherche à couvrir son mari.
«Je ne me permettrai jamais une telle bassesse que ma famille ne me pardonnerait jamais», a protesté l’épouse, interrogée par Al-Watan, selon lequel, le mari a recouru aux plus hautes autorités de Médine, réclamant l’ouverture d’une enquête et un dédommagement moral pour cette «atteinte à sa réputation».
Ryad: course poursuite et carambolages
Dimanche, la police récidivait à Ryad dont plusieurs rues ont été le théâtre d’une chasse au couple. Mais cette fois, la course poursuite s’est soldée par une série de carambolages.
Selon Al-Watan, dans sa fuite, le jeune homme a heurté et endommagé plusieurs véhicules. Aussitôt arrêté, il a été roué de coups de bâton.
Interrogé par le journal, le vice-président de la Commission, cheikh Ibrahim al-Houimel, a affirmé ne pas être au courant de l’incident et promis de suivre l’affaire.
«La Commission et d’autres autorités officielles avaient pourtant donné des instructions contre toute poursuite de voitures», commente le journal.
Les moutawa sont chargés notamment de veiller à la stricte séparation des sexes et de traquer les trafiquants d'alcool ou de drogue, les prostituées, les proxénètes, les homosexuels et les travestis qui arborent des tenues vestimentaires contraires à l’islam et cherchent à singer l’Occident.
Cette police a été accusée ces dernières années en Occident de graves violations des droits de l’Homme. Certains de ses membres ont été impliqués dans plusieurs affaires, notamment des meurtres causés par les méthodes brutales utilisées par des moutawa pour faire appliquer scrupuleusement la loi islamique.
La police religieuse: en train de creuser sa propre tombe
Plusieurs lecteurs du journal et internautes, visiblement excédés par les ingérences répétées des moutawa dans la vie privée d’habitants et de graves bévues enregistrées ces dernières années, ont donné libre cours à leurs récriminations.
«Même les services de renseignement saoudiens ne donnent pas la chasse aux criminels d’une manière aussi avilissante», «Pourquoi ces ex-bagnards, ces ex-toxicomanes, ces frustrés sexuels ne s’en prennent qu’aux gens du peuple, alors que les princes et leur entourage sont à l’abri de toute tracasserie ?», écrivent des internautes sous des noms d’emprunt.
«Avec cette répression barbare, la Commission est en train de creuser sa propre tombe», écrit l’un d’eux, qui a choisi pour pseudonyme «un Saoudien neutre».
Ces propos traduisent «l’indignation de Saoudiens pour qui la Commission est devenue un organisme dont les actes irréfléchis sont préjudiciables à l’islam», écrit Bandar Suleiman sur le site alssiyasi.com.
«Ainsi la Commission est le seul appareil sécuritaire de l’Etat qui fait le plus objet de critiques, voire de railleries de la part des Saoudiens», ajoute Sulaiman.
HT/
Liens:
http://www.alwatan.com.sa/news/newsdetail.asp?issueno=2930&id=72648&groupID=0
http://www.alwatan.com.sa/news/newsdetail.asp?issueno=2929&id=72581&groupID=0
7.10.08
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