25.11.08

Piraterie en mer Rouge: Israël montré du doigt

Par Habib TRABELSI

«Qui est derrière les actes de piraterie en mer Rouge ?». «Qui manipule les pirates ?», s’interrogent des analystes et des éditorialistes, saoudiens, en redoutant «un plan d’une internationalisation» de cette voie maritime, initié dans le passé par Israël et rejeté par les Arabes.


Piraterie en mer Rouge: «le fond du problème»

Les éditorialistes et les analystes ne vont pas jusqu'à accuser ouvertement Israël de commanditer les actes de piraterie qui se multiplient au large de la Somalie, mais ils ne cachent pas leurs craintes d’une internationalisation de la sécurité en mer Rouge, dans laquelle Israël jouerait un rôle déterminant.

«Ce qui se passe dans la Corne de l’Afrique n’est pas une simple affaire de piraterie. Ces actes de piraterie suscitent diverses interrogations sur les capacités et les équipements de simples hors-la-loi qui cherchent à obtenir des rançons», écrit mardi (25 novembre) Nawaf Mechaal Al-Sabhane, dans le quotidien saoudien Al-Iqtissadia.

«Ces actes ont donné lieu à des déclarations sur une internationalisation de la mer Rouge, dans laquelle l’Etat israélien ennemi serait un élément déterminant», ajoute-t-il.

«Qui a intérêt à une telle internationalisation ?», se demande l’analyste en relevant «un autre développement inquiétant représenté par la décision d’un armateur (ndlr: A.P. Moller-Maersk, l’un des plus grands armateurs au monde) de dérouter son immense flotte marchande du canal de Suez, pour emprunter la route via le cap de Bonne-Espérance».

«Qui a intérêt à faire pression sur l’Egypte, en détournant les navires marchands du canal de Suez et en faisant perdre à l’Egypte des revenus quotidiens de plus de 15 millions de dollars ?», s’interroge encore l’analyste.

«Qui est derrière les actes de piraterie ?», titrait la veille l’éditorialiste du quotidien Al-Riyad, Dr. Hachem Abdou Hachem.

«Ces actes répétés de piraterie sont prémédités. Ils sont commandités par un Etat ou une organisation, en tout cas par une partie qui cherche à créer une tension, une inquiétude et une instabilité en mer Rouge pour y réaliser des intérêts stratégiques», écrivait-il.

Selon lui, «cette partie cherche à convaincre la communauté internationale de contrôler cette voie maritime sous prétexte d’assurer la sécurité de la navigation, d’assurer les approvisionnements en énergie et d’empêcher les fournitures d’armes aux fauteurs de troubles dans la région», dans une allusion notamment aux miliciens islamistes, les shebab, qui contrôlent une grande partie de la Somalie.

La mer Rouge: «le poumon de l’Arabie»

Plus explicite, Jalal Aref écrivait lundi dans al-Youm que les pays arabes riverains de la mer Rouge «sont désormais confrontés à quatre dangers: celui d’une internationalisation de la sécurité de la mer Rouge, sous prétexte de lutte contre la piraterie, celui des convoitises d’Israël qui cherche à jouer un rôle déterminant en mer Rouge, celui du vol du pétrole arabe par le biais de la piraterie, sans compter le coup porté à la navigation dans le canal de Suez».

Le quotidien Al-Iqtissadiya se demandait dans son éditorial de lundi «comment les pirates peuvent disposer de moyens de défense anti-aérienne, de missiles guidés par satellites, d’ordinateurs et d’appareils de navigation sophistiqués».

«Cela signifie que certains pays ferment l’œil sur ces actes de piraterie pour des raisons stratégiques, politiques et économiques», ajoutait le journal en rappelant que «la mer Rouge est la seule voie de navigation dans le monde où les pays arabes riverains sont dominants … et elle doit le rester».

Un expert saoudien, Amin Sa’ati, démontrait dans un long article publié le même journal que «la sécurité de l’Arabie saoudite et celle de la mer Rouge sont indissociables (…) puisque 30% du brut mondial, notamment saoudien et des autres pays du Golfe, transitent par la mer Rouge, que le gros de nos ressources en eau dessalée provient de la mer Rouge, que nos importations et nos exportations transitent en grande partie par la mer Rouge».

«La mer Rouge est notre poumon (…). Le royaume doit convoquer une réunion des pays riverains pour mettre au point un mécanisme de coopération stratégique. Mais il semble qu’une force étrangère ne souhaite pas la stabilité de la région. Israël demeure le principal obstacle» devant cette coopération, ajoutait l’expert.

Outre l’Arabie saoudite, huit autres pays bordent la mer Rouge: le Yémen, l’Egypte, la Jordanie, le Soudan, Djibouti, l’Erythrée, la Somalie et Israël.

Le Yémen: mobiliser les Arabes

En octobre dernier, le président yéménite Ali Abdallah Saleh avait appelé les pays arabes riverains de la mer Rouge à «assumer leur responsabilité» pour enlever tout prétexte à une internationalisation de la sécurité dans cette voie maritime.

Son appel intervenait peu après une décision de l’Otan de renforcer son dispositif militaire dans l’Océan indien pour lutter contre la piraterie au large de la Somalie, en coordination avec l’Union Européenne (UE).

Le président Saleh s’était rendu à cet effet en Jordanie, en Egypte et en Arabie saoudite. Son ministre des Affaires étrangères, Abou Bakr Al-Korbi, avait alors affirmé que Ryad était «favorable à une coopération des pays arabes riverains de la mer Rouge pour assurer la sécurité» de cette voie maritime.

S’exprimant le 20 novembre au Caire lors d’une réunion de responsables arabes riverains de la mer Rouge, M. Korbi a notamment déclaré que la présence navale multinationale à l'embouchure sud de la mer Rouge représentait «un danger pour la sécurité nationale arabe».

Depuis le détournement, le 15 novembre, du superpétrolier saoudien, le «Sirius Star», par des pirates au large de la Somalie, la presse saoudienne se fait l’écho de plusieurs journalistes et analystes de pays arabes, notamment égyptiens, qui mettent en garde contre «les visées israéliennes à jouer un rôle déterminant en mer Rouge» et contre «un contrôle américano-européen de cette voie maritime stratégique».

Israël dans la ligne de mire des jihadistes

Israël est aussi désigné à la vindicte jihadiste sur les sites internet qui regorgent d’articles incendiaires, notamment celui de l’ancien secrétaire général de mouvement salafiste koweïtien, cheikh Hamed Al Ali.

«Les visées de l’ennemi sioniste en mer Rouge n’ont jamais cessé», écrit notamment le dignitaire religieux jihadiste sur son site internet, en illustrant son long article d’une citation attribuée à un ancien commandant de la marine israélienne au sujet «d’un plan diabolique» visant à «transformer progressivement la mer Rouge en un lac juif».

Cheikh al-Ali, dont le discours s’apparente de celui des ténors d’Al-Qaïda, énumère aussi les exemples sur «l’engagement militaire sioniste en Ethiopie», en particulier «des avions-radars sophistiqués et 60 experts militaires sionistes».

C’est pourquoi cheikh al-Ali appelle «les moudjahidine en Somalie à éliminer les pirates dont les actes irresponsables seront exploités par les pirates occidentaux au profit du plan sioniste diabolique et pour faire avorter le projet islamique en Somalie».

Les shebab, qui qualifient la piraterie d'offense à l'islam, ont menacé de donner l’assaut aux pirates si ces derniers ne relâchaient pas le «Sirius Star».

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