14.11.08

Dialogue interreligieux: la poignée de mains historique n’a pas eu lieu, insiste Ryad

Par Habib TRABELSI

L’Arabie saoudite a tendu la main (à Israël) mais aucune poignée de mains n’a été échangée entre le roi Abdallah et le président israélien Shimon Peres lors de la conférence sur le dialogue interreligieux qui s'est achevée jeudi au siège des Nations unies à New York, se targue-t-on de souligner vendredi à Ryad.

«Le royaume saoudien peut compter à son actif le fait d’avoir été le premier à tendre la main» à Israël, se félicite vendredi l’influent quotidien saoudien Al-Watan, en soulignant que le royaume «n’a aucun problème avec aucune religion» et en rappelant l’écho suscité «dans le camp ennemi» par le discours du souverain saoudien.

«Mais aucune poignée de mains n’a été échangée entre le Serviteur des deux saintes Mosquées (à La Mecque et à Médine) et le président israélien Shimon Peres», soutient le journal, en soulignant que durant le dîner auquel les deux dirigeants ont pris part à l’invitation du chef de l’ONU, ils n’étaient pas assis à la même table.

«Le royaume veut signifier par là qu’il n’y aura de rencontre directe ou d’échange de poignée de mains (entre responsables de deux pays) que lorsque Israël cessera de violer les droits des Palestiniens et fera un pas sérieux sur la voie de la paix. La balle est donc dans son camp», conclut l’éditorialiste d’Al-Watan.

Plusieurs autres quotidiens mettent en avant vendredi une «révélation» du même quotidien Al-Watan, selon laquelle, avant la rencontre de New York (les 12 et 13 novembre), le président israélien avait été «informé par des responsables de l’ONU qu’il ne devait pas essayer de serrer la main au Serviteur des deux saintes Mosquées, ni avant, ni après le discours» royal.

«Du point de vue religieux, l’échange de poignées de mains n’est pas illicite. Mais Israël doit en payer le prix», écrit pour sa part Khaled Al-Ghanmi, également dans Al-Watan, en soulignant que «l’Etat hébreu n’a encore rien apporté en faveur de la paix, en dehors des tergiversations et des fuites en avant».

A l’avant-veille du sommet de New York, le très populaire rédacteur en chef d’Al-Quds al-Arabi, un journal édité à Londres, Abdel Bari Atwan, avait tiré le signal d’alarme, en «recommandant» au souverain saoudien de ne pas serrer la main M. Peres ou à aucun autre responsable israélien.

«Certes, nous ne pouvons pas empêcher la poignée de mains, mais nous avons le droit de donner un conseil: nous disons au souverain saoudien: prononcez votre discours et quittez la tribune ! Ne serrez la main à personne», écrivait notamment Atwan.

«D’aucuns pourront arguer que d’autres dirigeants arabes --dont les premiers concernées par la cause (ndlr: les Palestiniens) et ceux de grands pays comme l’Egypte-- ont normalisé leurs relations avec Israël et donné l’accolade à des dirigeants israéliens», consentait-il.

«Mais le souverain saoudien n’est pas n’importe quel dirigeant arabe. C’est le Serviteur des deux saintes Mosquées ! Son pays a un statut particulier dans le monde arabe et musulman», arguait Atwan.

Comme d’habitude, son éditorial, reproduit sur plusieurs sites internet, a donné lieu à une avalanche de réactions et de commentaires de lecteurs de l’ensemble du monde arabe, notamment d’Arabie saoudite. Comme d’habitude, la quasi-totalité des avis allaient dans le sens du rédacteur en chef charismatique.

Bon nombre d’entre eux en ont profité pour vouer aux gémonies toutes «les poignées de mains historiques», à commencer par celle, en septembre 1993, de l’ancien leader palestinien Yasser Arafat avec le Premier ministre israélien à l’époque, Yitzhak Rabin, sur la pelouse de la Maison Blanche, scellant symboliquement l’accord d’Oslo.

D’autres internautes ont déversé leur fiel sur le souverain saoudien, qui a parrainé la rencontre de new York, l’accusant notamment de «chercher à plaire à l’Occident qui critique en permanence le royaume wahhabite archaïque».

«Comment expliquer la ferveur du roi Abdallah pour le dialogue des religions, alors qu’il ne tolère aucun dialogue avec les réformateurs saoudiens qu’il emprisonne simplement parce que leur opinion ne lui convient pas ?», s’est interrogé «Moqbil».

«Le sommet sur le dialogue des religions donnera le coup d’envoi à la construction de lieux de culte des mécréants dans la péninsule des Arabes», prédisait-il.

Certains lecteurs ont toutefois émis des avis différents. Plusieurs d’entre eux ont salué «l’initiative historique du roi Abdallah qui a placé son pays au devant de la scène mondiale», en mettant toutefois en garde l’Arabie saoudite contre «le piège d’une normalisation hâtive avec l’ennemi sioniste».

«Echanger une poignée de mains avec les ennemi n’est pas un problème. Le vrai problème, c’est de renoncer aux principes et de lésiner sur les droits, c’est de vendre son pays à vil prix. Ce n’est certainement pas le cas du roi Abdallah», a estimé «Mohammed al-Mohtasab».

D’autres ont optée pour la dérision.

«Laissons-les se serrer les mains au grand jour, laissons-les se donner l’accolade devant les caméras de télévision ! Ceci est préférable aux réunions secrètes et aux khilwas illégitimes», ironise «Mme Boraan Béchir», en référence à la ségrégation sexuelle en vigueur en Arabie saoudite.

Et Boraan d’ajouter: «d’ailleurs, certains gouvernements arabes préfèrent tendre la main à l’ennemi sioniste, plutôt qu’à l’Iran, le pays voisin musulman qui cherche à chasser l’occupant et recouvrer les territoires spoliés et laver l’honneur bafoué».

Aucun commentaire: