6.11.08

G20 : CCG, la «vache à lait » se rebiffe

Par Habib TRABELSI

«Désolé Mr Brown, le Golfe n’est plus votre vache à lait», «nous avons nos propres crises», «Abdallah n’est pas le roi mondial du cash», écrivaient des éditorialistes saoudiens durant la tournée du Premier ministre britannique Gordon Brown dans le Golfe, en quête de contributions au Fonds monétaire international (FMI), pour l'aider à lutter contre la crise financière internationale, lors du sommet du G20, le 15 novembre à Washington.

«Vache à lait», oui mais pas de pressions …

Bien que M. Brown eût assuré, à l’issue de sa tournée (mardi 4 novembre) avoir obtenu «des réponses positives» dans les trois monarchies pétrolières (Arabie saoudite, Qatar et Emirats arabes unis), la presse saoudienne, qui reflète généralement les vues officielles, a continué jeudi, pour la cinquième journée consécutive, à souligner à l’envi que les pays du Golfe étaient déterminés à «ne plus subir de pressions», voire à «dicter leurs conditions».

Le programme du FMI, de 250 milliards de dollars, est destiné à aider les pays affectés par la crise financière internationale, déclenchement, le 15 septembre, à Wall Street

Un ancien secrétaire général adjoint du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) pour les Affaires économiques, Abdallah Al-Quwaiz, a dressé une série de «recommandations» destinées indirectement au roi Abdallah ben Abdel Aziz, dont le pays représentera le CCG (Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Oman), au G20.

«Il faudrait absolument mettre en place un organisme ou une institution indépendante ou rattachée au FMI, similaire au Conseil de sécurité de l’ONU et ayant un pouvoir exécutif, pour contrôler les institutions financières et les sociétés d’investissement américaines» pour éviter de nouvelles crises, a notamment recommandé M. Quwaiz, également ancien secrétaire d’Etat au ministère saoudien des Finances et de l’Economie.

«Il est évident que les pays du CCG seront sollicités pour contribuer au programme d’aide au FMI, mais en contrepartie d’avantages supplémentaires et concrets », a ajouté M. Quwaiz, en recommandant notamment à ces pays de refuser «les conditions contraignantes sur les investissements de leurs fonds souverains» aux Etats-Unis et en Europe, estimés à près de 1.000 milliards de dollars avant le début de la catastrophe financière.

… y compris sur l’accord de libre-échange CCG/UE
«Il est aussi demandé des pays européens de ne pas inscrire des clauses politiques dans l’accord de libre-échange entre le CCG et l’Union européenne (UE), en cours de négociations» et au point mort depuis environ 20 ans, a ajouté M. Quwaiz dans un article publié par le quotidien saoudien Al-Iqtissadiya.

M. Quwaiz avait estimé dans un article publié le 1er septembre par le même quotidien que ces négociations étaient «stériles» et accusé le Parlement européen de les avoir «entravées» en posant «neuf exigences», en particulier une relative aux droits de l’Homme dans les pays du CCG.

Le CCG, fondé le 25 mai 1981, discute depuis 1988 avec l’UE de cet accord dont la conclusion est périodiquement annoncée comme imminente, mais le projet est toujours dans l’impasse.

Contribuer aux prises de décisions
Les pays du CCG, qui ont été affectés par la crise financière, notamment avec l’écroulement de leurs marchés boursiers, et par la chute drastique des prix du pétrole, exigent désormais de «participer à la prise des décisions graves relatives à la situation financière et économique internationale», a résumé Abdel Khaleq Abdallah, professeur de sciences politiques à l’université des Emirats, cité par des journaux saoudiens.

«Les pays du CGG ne sont pas du tout responsables de la crise. La solution réside dans la reconstruction de l’ordre financier mondial», écrivait mercredi l’éditorialiste d’Al-Watan.

«L’Occident semble ne se soucier que de ses intérêts et faire fi des nôtres. Les pays du Golfe doivent privilégier leurs intérêts. Désormais, n’importe quelle contribution financière ne doit plus être accordée qu’avec des conditions et des garanties. Aujourd’hui, la situation dans le Golfe ne permet plus qu’on verse de notre sang pour les autres», écrivait encore l’éditorialiste.

Plus jamais de complaisance !
«Lorsque les cours de pétrole se sont envolés, on a fait pression sur le royaume pour pomper davantage et les faire baisser. Maintenant, on demande aux ‘’pays pétroliers du Golfe’’, que la presse occidentale ne daigne même pas nommer, d’’’aider les familles britanniques’’, comme s’il n’y avait pas de familles déshéritées en Arabie», écrivait à la veille de la visite de Brown en Arabie, Rached Mohammed Al-Fouzaan, plus amer.

«J’espère que M. Brown se rendra dans le sud de Ryad, dans le sud, dans le nord du royaume et ailleurs, pour savoir que nous avons du chômage, une crise d’eau potable, une crise de l’enseignement, d’interminables défis, la moitié des habitants sans logement, et la liste est longue», écrivait encore Fouzaan, dans Al-Riyadh, non sans rendre hommage au «roi mondial du cash» pour ses efforts en vue d’éradiquer la pauvreté.

En août dernier, à la veille de la réunion à de Djeddah entre pays producteurs et pays consommateurs de pétrole pour calmer la flambée des cours, plusieurs éditorialistes avaient vivement critiqué la décision de Ryad de se déclarer prête à extraire davantage de brut.

«Avons-nous vraiment besoin d’une aussi grande production ? Pourquoi devrions-nous faire plaisir aux consommateurs aux dépens des nos générations futures ? Les pays occidentaux stockent notre pétrole alors que nous stockons des dollars dans leurs banques !», écrivait le 18 août Abdallah Nasser Al-Fouzaan dans al-Watan.

«Nous ne sommes plus votre vache à lait. Chaque jour, vous utilisez le veto contre nous dans votre Conseil de sécurité. Nos enfants souffrent le martyre pour obtenir un visa d’entrée dans vos pays, pour des études. Vous nous fermez vos portes, rien que parce qu’une poignée de nos concitoyens vous ont attaqués, comme si nous étions tous des terroristes ! Voici venue l’occasion pour les pays du Golfe de nous réhabiliter … tant soit peu», s’est indigné «Zaki», plus vindicatif, sur un forum de discussion sur un site internet.

A la veille du départ du roi Abdallah vers Washington via le Maroc, le ministre de la Culture et de l’Information, Iyad Madani, a souligné que Ryad allait insister sur «la nécessité de la révision du mécanisme de contrôle des banques internationales et du mode de fonctionnement des institutions financières mondiales».

Aucun commentaire: