23.11.08

Affaire Morin: l’époux dit avoir refusé «une offre alléchante»

Par Habib TRABELSI

L’époux de Nathalie Morin, une Québécoise retenue contre son gré depuis plus de trois ans en Arabie saoudite, a affirmé avoir décliné une offre «alléchante» du gouvernement canadien, présentée selon lui par son consul à Ryad, rapporte lundi (24 novembre) le quotidien saoudien Al-Youm.

Saeed Al-Shahrani a affirmé avoir refusé une offre alléchante du gouvernement canadien qui s’est engagé par écrit à lui assurer un permis de séjour au cas où serait d’accord sur le départ de son épouse et de ses enfants au Canada, selon le journal.

Au cas où il ne voudrait pas résider au Canada, le gouvernement s’est engagé à lui permettre de leur rendre visite et à lui faciliter les formalités du voyage, rapporte le journal.

Cette offre lui a été présentée par le consul qui lui a rendu visite dans son domicile samedi à la tête une délégation de l’ambassade canadienne pour «exercer des pressions» sur lui, a ajouté le journal.

Le 4 novembre, le porte-parole de l’Association des droits de l’Homme, une ONG saoudienne, Zuhair Al-Harthi, avait affirmé à la presse que le mari souhaitait pouvoir rendre visite à ses enfants, au cas où il serait d’accord sur leur départ vers le Canada en compagnie de leur mère.
Le règlement de cette affaire «dépend de la position de l’ambassade canadienne», avait alors ajouté le porte-parole.

Pour quitter l’Arabie Saoudite, Nathalie Morin, 24 ans, a besoin de l’autorisation écrite de son mari, qui avait toujours refusé de la laisser partir avec leurs deux fils.

En avril dernier, Johanne Durocher, la mère de Nathalie, avait affirmé que sa fille attendait un troisième enfant, contre son gré, et qu’il était urgent qu’elle rentre au Canada pour recevoir des soins médicaux.

Le quotidien Al-Youm, citant lundi Shahrani, affirme que «Nathalie a donné naissance à une petite fille qu’elle a prénommée Sarah».

Nathalie Morin avait rencontré Al-Shahrani en 2001 au Canada où il séjournait illégalement, avant d’être expulsé en 2002. Elle l’avait rejoint en Arabie Saoudite deux ans plus tard. Nathalie vit enfermée avec ses enfants dans une maison sommairement aménagée et son mari la frappait et la privait de sortie, avait affirmé Mme Durocher, lors d’une conférence de presse.

Ces déclarations avaient alors provoqué une levée de boucliers dans les medias saoudiens, certains journaux accusant Mme Durocher d’avoir mené «une campagne tendancieuse» contre le royaume.

«La Canadienne et belle-mère du Saoudien Shahrani, lance une nouvelle campagne télévisée (…), infestée d’informations erronées destinées à monter l’opinion publique» contre le royaume, écrivait ainsi en juillet le quotidien Al-Watan.

Plusieurs autres journaux avaient mis en exergue des déclarations de Shahrani affirmant notamment avoir décliné «deux offres alléchantes» de la part du consulat canadien à Ryad en contre partie de son accord pour le départ de Nathalie et de ses enfants, Samir (6 ans) et Abdallah (2 ans) .

«Le Saoudien Saeed Al-Shahrani a refusé deux offres alléchantes du consul canadien (…), en échange du départ de son épouse et de ses deux enfants», écrivait le 24 juillet le quotidien Al-Hayat.

«Je n’accepterais aucune offre matérielle canadienne contre la sortie de mes deux enfants d’Arabie saoudite, même si le Canada me versait tout son budget» annuel , avait déclaré Shahrani, cité par Al-Hayat.

La presse saoudienne avait alors indiqué que Shahrani vivait avec son épouse et ses enfants à Bicha (sud) l’une des villes les plus déshéritées du royaume pétrolier. Il gagnait 2.800 riyals (environ 700 US dollars) par mois. Selon des informations publiées sur un site internet, Mme Morin avait même tenté de «mettre fin à sa vie misérable».

Des internautes en avaient alors profité pour critiquer le mariage de Saoudiens avec des étrangères, de plus en plus en vogue en raison notamment du coût élevé et de la dot et du nombre croissant de Saoudiens qui séjournent à l’étranger.

La charia (loi islamique, appliquée strictement en Arabie saoudite) interdit le mariage entre une Saoudienne et un non-musulman, sauf si ce dernier se convertit à l’islam.

Le porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, Rodney Moore, avait à l’époque expliqué à la presse que bien que le gouvernement canadien soit «préoccupé» par la situation de Mme Morin, il ne peut s’ingérer dans les affaires saoudiennes.

«L’Arabie Saoudite étant un pays souverain, toute entente entre Mme Morin et son époux devrait suivre les lois et les règlements saoudiens», avait-il alors déclaré.

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