13.11.08

Dialogue des religions

Un événement/Deux opinions

L’événement: Il s’agit de la rencontre à l'Assemblée générale de l'ONU (à New York, les 12 et 13 novembre) sur le dialogue interreligieux, parrainée par le roi Abdallah ben Abdel Aziz d’Arabie saoudite, en présence notamment du président israélien Shimon Peres qui a salué l’initiative «sans précédent» du souverain saoudien.

1 – La presse saoudienne

Plusieurs jours avant la conférence, la presse locale a consacré de nombreux articles, signés des plus grands éditorialistes saoudiens, saluant l’ «initiative historique du Serviteur des deux saintes Mosquées», le roi Abdallah ben Abdel Aziz.

Les éditorialistes ont souligné à l’envi que le parrainage de ce sommet à l’ONU par «le roi de l’humanité», représentait «un grand succès diplomatique» pour le royaume saoudien.

Ils ont mis en exergue le fait que le roi Abdallah avait déjà à son actif la présidence, du 16 au 18 juillet 2008 à Madrid, d’une conférence mondiale sur le dialogue entre l’islam, le christianisme et le judaïsme, organisée par la Ligue islamique mondiale, basée à La Mecque.

Cette conférence avait été convoquée sur une proposition du roi Abdallah, dont le pays ultraconservateur est guidé par le wahhabisme, une doctrine rigoriste de l’islam.

Voici deux extraits de la presse:
«Le sommet historique (à New York) a commencé par la conférence islamique à La Mecque, qui s’est élargie à Madrid, pour se transformer en une rencontre internationale sous l’égide de l’ONU (…).
Par son initiative, le roi Abdallah ne cherchait pas à briller aux dépens d’autres (ndlr: dirigeants), mais il avait compris que sa responsabilité en tant que représentant du pays qui abrite les deux saintes Mosquées (ndlr: la Grande Mosquée à La Mecque et la Mosquée du prophète à Médine), dans un monde sous l’emprise du fanatisme et de la violence, lui incombait de prendre cette initiative», écrivait notamment, le 12 novembre, l’éditorialiste d’Al-Riyad, Youssef Al-Koweilit.

http://www.alriyadh.com/2008/11/13/article387637.html

«L’appel au dialogue de la part du Roi de l’Humanité, l’homme des réformes et des initiatives historiques, est significatif de la politique pacifique du royaume envers tous.
Cette initiative émane de berceau de l’islam. Le parrainage de cette initiative par l’ONU confirme la renommée de l’Arabie saoudite sur la scène mondiale», lisait-on le même jour Okaz.

http://www.okaz.com.sa/okaz/osf/20081113/Con20081113240497.htm


2 – Le mouvement islamique pour la réforme en Arabie (MIRA, opposition en exil, à Londres).
Voici de larges extraits d’un communiqué publié sur son site internet, à la veille du sommet:

«Le mouvement tient à apporter les commentaires suivants, sur cet événement:
I - Comment Abdallah Ben Abdel Aziz peut-il adopter le dialogue alors qu’il ne tolère aucune action pacifique dans son pays ? Comment se rend-il à Madrid et à New York pour le dialogue, alors qu’il emprisonne des professeurs d’université, des intellectuels et des prédicateurs pour la simple raison que leur opinion ne lui convient pas ?

II - Comment Abdallah adopte-t-il le dialogue international, alors que l’information dans son pays est celle de la voix unique ? Comment peut-il accepter de partager la chaire avec Peres et ses semblables, alors qu’il a le monopole total de l’information dans le pays dont il est souverain ?

III - En quoi les personnalités politiques sont-elles concernées par le dialogue des religions ? Indépendamment des formalités de cette invitation, sur quelle base Shimon Peres est-il invité? Pouvons-nous dire, en toute sérénité, que ceci s’inscrit davantage dans le cadre de la normalisation avec Israël que dans celui d’un dialogue des religions ?

IV - Abdallah prétend et confirme avoir eu le feu vert des oulémas, alors que nous n’avons pris connaissance d’aucun communiqué de l’instance des Grands Oulémas sur ce dialogue, et nous n’avons appris aucune position avérée des oulémas à ce sujet. Lorsque les oulémas sont interrogés sur ce dialogue, ils répondent comme s’ils étaient interrogés pour la première fois sur la question (…).

V - Nous savons que l’instance des Grands Oulémas, avec toute sa composante, lors de ses précédentes prises de position, considère que cette méthode de dialogue est prohibée. En répondant à une question sur ce dialogue, les oulémas passent en revue les différentes manières de dialoguer, l’interlocuteur en déduit que leur fatwa n’autorise pas ce type de dialogue. Comment Abdallah ose-t-il s’opposer à la position des cheikhs sur lesquels repose sa prétendue légitimité ?
(…).

Cet enthousiasme pour le prétendu dialogue, même s’il est à l’opposé de l’orientation de l’école religieuse dominante et même s’il suscite une gêne chez les Al-Saoud, puisqu’il porte atteinte aux fondements mêmes de la doctrine wahhabite, et pour les oulémas devant leurs sujets, reflète la détermination du roi Abdallah et de son équipe des relations publiques, à donner satisfaction à l’Occident, et pas seulement les gouvernements. Les gouvernements occidentaux sont en effet, déjà satisfaits du dévouement d’Abdallah et de ses frères et de leur souci de servir l’Occident. Cependant l’opinion publique occidentale, représentée par les médias et les centres de recherche, critiquent en permanence le royaume wahhabite archaïque et associent ses gouvernants au terrorisme et à l’extrémisme.

Abdallah veut obtenir satisfaction auprès de l’opinion publique occidentale, et pour cela, il est prêt à en payer le prix, même en ignorant les oulémas et toute l’école de Nejd (ndlr: une région du centre du royaume. Elle fut conquise sur l’Empire ottoman par Abdel Aziz ben Abdel Rahman Al-Saoud qui s’y tailla un émirat grâce à son alliance avec le wahhabisme entre 1899 et 1932. Le Nejd devint en 1932 une province de l’Arabie saoudite actuelle). C’est dans ce même souci qu’il veille à la normalisation avec Israël sous couvert de dialogue religieux.

Par ailleurs, le silence observé par les oulémas concernant l’attitude d’Abdallah, prouve que ceux-ci sont prêts à soutenir leur gouverneur même s’il fait fi des fondements de la religion et des priorités de la doctrine. Ceci conforte notre conviction que ces oulémas suivront leur gouverneur où qu’il aille, et sont prêts à céder même en ce qui concerne les grandes causes de la doctrine religieuse, si le gouverneur le leur demande.

(Traduit de l'arabe par Widad ZEDANI - Relu par Habib TRABELSI)

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