Par Habib TRABELSI
Un membre du Comité des grands oulémas, la plus haute instance religieuse en Arabie saoudite, a décrété que la musicothérapie était «illicite», pour trancher un débat relancé par les propos du chanteur saoudien le plus talentueux, qui ont fait récemment l’effet d’une bombe.
Abdou fait exploser «une bombe» …
S’exprimant dans une conférence de presse, fin octobre à l’Hôpital psychiatrique à Djeddah, sur la mer Rouge, Mohammed Abdou, l’un des meilleurs chanteurs arabes, avait évoqué la possibilité d’un recours à la musicothérapie pour soigner les malades psychiques … «à la place du Coran», le livre sacré des musulmans.
Abdou, dont ce n’était pas la première déclaration malheureuse, avait estimé que l’utilisation de versets du Coran par les guérisseurs musulmans (ou «Rokia») pourrait «conduire certains à l’extrémisme, d’autant plus que nous sommes en train de surmonter la guerre idéologique causée par notre société» saoudienne ultraconservatrice.
Selon les medias saoudiens, ces propos avaient fait l’effet d’une bombe, non seulement en Arabie mais dans plusieurs pays arabes où Abdou est pourtant appelé «la vedette des Arabes».
et fait son mea culpa…
«Je crois avoir commis une erreur … Je me suis mal exprimé … C’est un lapsus … Je n’avais pas l’intention de nuire» au Coran, s’était pressé de préciser le chanteur saoudien.
En mai dernier, le même Abdou avait dû rectifier le tir après avoir déclaré sur la chaîne à capitaux saoudiens Middle East Broadcasting Centre (MBC) que «le prophète Mahomet est … Saoudien».
«Je voulais dire que nous sommes fiers d’appartenir à la Péninsule arabique, aujourd’hui l’Arabie saoudite, lieu de naissance du prophète Mahomet et où il est également enterré. C’est un lapsus», a-t-il corrigé sur Al-Arabiya, une autre chaîne à capitaux saoudiens.
Fawzan : musique illicite …. musicothérapie aussi.
«Il n’est absolument pas permis de soigner par la musique», a déclaré dimanche (2 novembre) cheikh Salah Fawzan Al-Fawzan au quotidien saoudien Al-Madina qui l’interrogeait sur la polémique suscitée dans la presse écrite et électronique par les propos de la star arabe.
«La musique est illicite et il n’est pas permis de se soigner par l’illicite, celui qui prétend le contraire se trompe», a ajouté le dignitaire religieux qui s’en était pris, en septembre dernier, aux chaînes de télévision qui diffusent des programmes d’astrologie, ce qui relève, selon lui, de la magie… et «les magiciens sont passibles de la décapitation au sabre».
Les «docteurs» renchérissent.
Le verdict de cheikh Fawzan a été conforté par les avis de nombreux universitaires, notamment en théologie, cités par Al-Madina.
Ainsi, Dr. Khaled Al-Halibi, professeur de théologie à Al-Ihsa (est du royaume) s’est étonné de voir que Mohammed Abdou, qui a pourtant été «élevé dans le berceau de la foi musulmane (l’Arabie saoudite), tomber dans une grosse supercherie».
« Nous avons la ferme conviction qu’Allah ne peut pas apporter le remède et la guérison au moyen de ce qu’il a lui-même interdit», a ainsi estimé Dr. Salah ben Yahia Al-Zahrani, de l’Université du roi Abdel Aziz.
La musique à l’école … pourquoi pas ?
Pourtant, de nombreux internautes font remarquer que rien dans le Coran n’interdit la musique et déplorent que celle-ci ne soit pas une matière inscrite aux programmes scolaires dans le royaume qui applique strictement le wahhabisme, une interprétation rigoureuse de l’islam.
Le 25 octobre dernier, une intellectuelle saoudienne, Halima Moudhaffar, avait provoqué une vive polémique pour avoir proposé l’enseignement de la musique dans les écoles de garçons et de filles, arguant notamment des «vertus thérapeutiques de la musique, qui ont été prouvées scientifiquement», outre le fait qu’«elle stimule la créativité et renforce la mémoire».
Son article, intitulé «une séance de musique … pourquoi pas ?», publié par le quotidien Al-Watan, avait été reproduit par plusieurs sites internet. Il avait suscité des réactions contradictoires, la plupart déplorant et dénonçant l’extrémisme religieux prédominant dans la société.
Le Coran n’y est pour rien
«Il n’y a dans le Livre béni aucun verset interdisant, explicitement ou implicitement, la musique», écrit Mohammed Al-Ghamdi.
«De la musique dans les écoles wahhabites !! C’est la blague de la saison !! Ils n’ont même pas toléré l’enseignement de l’éducation physique dans les écoles de filles ! », a ironisé un internaute caché sous le pseudonyme «opinion libre».
Ce à quoi «Zaki» a rétorqué: «Nous sommes tous des wahhabites et fiers de l’être. Mille fois ‘‘Non’’ à la musique».
Liens:
http://www.al-madina.com/node/67866
http://www.alwatan.com.sa/news/writerdetail.asp?issueno=2948&id=7928&Rname=128
http://www.aafaq.org/news.aspx?id_news=7273
3.11.08
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