Par Habib TRABELSI
Un petit pas en avant en Arabie saoudite: des femmes d’affaires ont brigué des sièges au Conseil d’administration de la Chambre de commerce et d’industrie à Ryad, mais le scrutin, entaché d’irrégularités, était «un grand pas en arrière» pour la démocratie balbutiante dans cette monarchie.
Scrutin inédit à Ryad
Aucune des trois candidates, Houda al-Jarissi, Amal Badreddine et Basma Qamcha, n’a été élue. Aucun mystère: avant le scrutin, elles avaient confié au quotidien Al-Watan qu’elles partaient perdantes d’avance, face à 37 concurrents déterminés à dépenser énormément pour occuper les 12 sièges à pourvoir et un électorat quasi-exclusivement masculin. Il leur reste à espérer être désignées parmi les six membres à nommer directement par le pouvoir.
Selon les résultats officiels, plus de 6.000 électeurs, sur les quelque 41.000 inscrits, ont participé au vote. Cinquante-huit femmes seulement, sur les 2.600 inscrites, ont voté.
En novembre 2005, pour la première fois en Arabie saoudite, deux femmes avaient accédé, à l’issue d’élections, au Conseil d’administration de la Chambre de Djeddah, la ville qui a ouvert la voie de «démocratisation» du royaume wahhabite, entamée dans la foulée du «11 septembre 2001».
Femmes d’affaires par procuration
Les Saoudiennes, obligées de sortir voilées, interdites de conduire des voitures, de voyager sans «tuteur» mâle, font depuis quelques années leurs premiers pas, discrètement et par procuration, dans le monde des affaires.
En raison de la stricte séparation des sexes dans le royaume, les Saoudiennes sont tenues de «charger un tuteur (ou garant saoudien) de la représenter auprès des institutions officielles et pour toute tractation avec une tierce partie», en vertu de la législation saoudienne.
L’obligation de garants pour gérer leurs affaires est considérée par les femmes d’affaires comme la principale entrave à l’investissement dans le secteur privé.
En dépit de cette législation, en voie de disparition, les investissements des Saoudiennes sont estimés à plus de 120 milliards de riyals (environ 32 milliards de dollars). Le gros de ces investissements est dirigé vers le secteur des services et l’immobilier.
A la Chambre de Ryad, plus de 5.000 Saoudiennes ont des registres commerciaux, sur quelque 43.000 registres détenus par les femmes dans le royaume, selon la presse locale.
«Scrutin des plus maudits»
Après l’euphorie qui a précédé le scrutin, plusieurs écrivains et journalistes réputés ont dénoncé tour à tour «les dépenses ridiculement disproportionnées par rapport à l’enjeu», «les promesses électorales mirobolantes», «les pots-de-vin et l’achat de voix flagrants», «le népotisme et le tribalisme», l’un d’eux allant jusqu'à réclamer «l’annulation» pure et simple des résultats des élections.
«Certes, on a vu l’entrée des femmes dans les élections mais celles-ci ont été entachées d’aberrations honteuses: des millions gaspillés au moment où le monde est secoué par un désastre financier, des candidats qui font d’étranges promesses, qui offrent aux électeurs des billets d’avion et des séjours à Dubaï, sans compter des ordinateurs portables, des téléphones cellulaires et autres cadeaux, pour gagner leur voix», écrivait Turki Al-Dekhil, dans Al-Watan.
«Les hommes d’affaires, ceux qui ont des registres commerciaux sont censés être la fine fleur de la société, même si certains d’entre eux sont pitoyablement ignorants. Ces élections sont supposées être un pas en avant, mais l’achat des voix et les pots-de-vin ont en fait un scrutin des plus maudits», déplorait Dekhil.
Chômage, logement, inflation: trois chevaux de bataille
Plusieurs candidats ont fait de la lutte contre le chômage, l’inflation et la crise du logement leurs principaux chevaux de bataille.
Le quotidien Al-Hayat a rapporté que des candidats promettaient aux électeurs des usines à Beyrouth et à Charm El-Cheikh (la station balnéaire en Egypte) et aux électrices des usines à Ryad, pour éradiquer le chômage. D’autres se sont engagés à résoudre la crise de logement ou à juguler l’inflation galopante dans le royaume.
«Une chose est sure: ces élections nous ont ramenés à la case départ, au tribalisme d’antan, combattu par le roi Abdel Aziz Ibn Saoud», le fondateur du royaume, a déploré dans Al-Riyad son confrère Fahd ben Mohamed Al-Faryane, l’un des candidats malheureux.
Un souk électoral
Ces noces électorales lui ont rappelé les «Mazayin al-Ibil» ou concours de beauté pour dromadaires, organisés par des habitants du Golfe, fidèles à leurs traditions bédouines et réputés pour leur passion pour l’élevage de chameaux.
Khaled Hamad Al-Sulaiman regrettait lui «le tribalisme, le chauvinisme et le népotisme» qui ont entouré les élections, en admettant toutefois qu’«en Occident, les élections n’échappent pas au pouvoir de l’argent».
Evoquant, preuves à l’appui, le 15 novembre dans Okaz l’achat des voix des électeurs, Sulaiman se demandait si le ministère du Commerce allait «fermer l’œil sur ces pratiques illégales».
«Le ministère aura-t-il l’audace de punir les candidats impliqués (dans l’achat des voix) et de rayer leurs noms de la liste des vainqueurs ? », s’est-il interrogé.
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