1.11.08

La Charia au service d’une grève de la faim en faveur des prisonniers politiques

Par Habib TRABELSI

Des «groupes de défense» ont appelé à une grève de la faim de 48 heures, les 6 et 7 novembre, en solidarité avec les prisonniers d’opinion en Arabie saoudite, en prenant appui sur la charia (loi islamique) pour rallier le plus grand nombre de grévistes à leur initiative, rare dans cette monarchie ultraconservatrice où les partis politiques sont strictement interdits.

Les «groupes de défense» soulignent que leur mouvement est en signe de «protestation contre la violation des droits des prisonniers (pour un délit d’opinion) et de tous les autres détenus dans le royaume d’Arabie saoudite».

La Charia à la rescousse pour élargir la base du mouvement de grève
«La grève dans l’intérêt général légitime est autorisée par la charia islamique», soulignent les 13 «défenseurs de la Justice, de la Choura (consultation) et des Droits de l’Homme», signataires d’un communiqué mis en ligne vendredi (31 octobre) et portant leurs numéros de téléphone et/ou leurs adresses électroniques.

«Les preuves de la conformité de la grève à la Charia existent», ajoutent les signataires en citant un exemple emprunté à la Tradition (paroles et gestes du prophète Mahomet).

«Dans la mesure où (la grève de la faim) est un mode d’expression pacifique et civilisé (…), des activistes (dont les noms seront annoncés ultérieurement) ont répondu à l’appel», affirment les signataires en soulignant que «la porte est grande ouverte à la participation de toutes les consciences vivantes parmi les activistes et les citoyens».

Une longue liste de revendications
Les initiateurs de la grève énumèrent huit conditions nécessaires pour assurer des procès équitables aux détenus.

Parmi ces conditions figure notamment «le droit d’un accusé à choisir un avocat pour assurer sa défense pendant les phases de l’interrogatoire et du procès».
Les signataires-grévistes réclament aussi que la période de détention préventive n’excède pas six mois, à l’issue de laquelle le détenu doit être déféré devant la justice pour un procès public et équitable ou bien relaxé.

Matrouk Al-Faleh, tête de liste
Parmi «les prisonniers d’opinion qui souffrent de la violation de leurs droits dans les prisons saoudiennes», les signataires citent onze figures de proue des «partisans de la Justice, de la Choura et des droits de l’Homme», avec à leur tête Matrouk al-Faleh, un universitaire, détenu depuis le 19 mai 2008.

Matrouk al-Faleh avait auparavant publié un communiqué dénonçant les conditions de détention à la prison Buraida, au nord de Ryad, où est détenu M. Abdallah al-Hamed, un autre réformateur condamné à six mois de prison pour avoir incité des femmes à manifester.

M. Faleh, ainsi que deux autres dirigeants réformateurs, avait déjà passé 17 mois en prison pour avoir demandé une monarchie constitutionnelle en Arabie, avant d'être graciés par le roi Abdallah en août 2005.


Treize «mousquetaires» sans armes
Le communiqué porte les noms de treize activistes, tous des hommes. En tête de liste figure Ayman Mohammad Al-Rashed, un militant des droits de l’Homme.

Les douze autres, pour la plupart des universitaires, se présentent tous en «défenseurs de la Justice, de la Choura (consultation) et des droits de l’Homme».
La presse locale n’avait toujours pas fait mention samedi du communiqué, reproduit par plusieurs sites internet.

«Sans armes, sans violence et sans haine, nous, victimes du terrorisme du régime saoudien, changerons la situation politique» dans le royaume, lit-on sur https://newarabia.org/vb/index.php, un site interdit dans le royaume.

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