19.11.08

Une pub suggestive pour une pilule érectile en … Arabie

Par Habib TRABELSI

«Abou Fayçal ! N’oublie pas le devoir !», murmure une Saoudienne, le regard lascif, à l’oreille de son époux dont l’œil se porte aussitôt sur «Snafi», la pilule au pouvoir érectile «36 heures garanties», suggère une pub «made in Saudia», qui fait un carton sur le Net.

Il y a devoirs et devoir
Après avoir aidé ses trois enfants à préparer leurs devoirs scolaires, l’épouse, couverte de la tête aux pieds, demande à son mari, qui vient de rentrer au foyer, de s’acquitter de son devoir conjugal.
Le reste du spot montre la boîte aux pilules qui font rêver les Saoudiens d’une virilité retrouvée ou décuplé: mieux que le Viagra et ses «consœurs», «Snafi» procure une érection non-stop pendant «trente-six heures» et «remplit son devoir», assure le spot publicitaire: http://www.youtube.com/watch?v=fdMt7X6uLkE
Mais le plus important, c’est que «Snafi» est produit, sous licence, par une firme saoudienne, Spimaco, la société-mère étant l’américaine Eli Lilly qui fabrique «Cialis», une autre pilule contre l’impuissance qui fait rêver les habitants du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Oman).
«Enfin, une version arabe revue et améliorée du Viagra. L’homme arabe a aujourd’hui besoin de quoi recouvrer sa dignité perdue», ironisait en mai 2003, le journaliste, Turki Al-Dekhil, dans une allusion à la chute de Bagdad, quelques semaines auparavant.
On avait vu même un poète populaire saoudien dédier un poème épique au «Snafi, qui prouve que la virilité arabe est encore brûlante».
Comme partout dans le monde arabe, l’impuissance est considérée comme une humiliation et une hantise. Elle est combattue par des décoctions fantaisistes de plantes ou de denrées aphrodisiaques.

Le Viagra ouvre la voie
C’est le «Viagra» en effet, la pilule produite par le laboratoire pharmaceutique Pfizer, qui a ouvert la voie dans le Golfe en 1998 aux produits de traitement de la dysfonction érectile, et que les habitants désignent sous le vocable «stimulants sexuels».
Début 1998, le «Viagra», introduit clandestinement dans les pays du Golfe, se vendait sous le manteau, au marché noir. Le nouveau remède, dont les vertus étaient répercutés par la presse, devait ensuite être autorisé et les pharmacies inondées.
Les oulémas avaient alors décrété que la pilule était licite pour les hommes mariés et que les célibataires ne pouvaient pas utiliser ce médicament qui, selon eux, incite au vice.
Pub suggestive en Arabie, la vertueuse
Aujourd’hui, les publicitaires en Arabie, pays ultraconservateur, ne rechignent pas à mettre en scène une Saoudienne incitant son époux à se ressourcer, en prévision d’une longue nuit d’ébats amoureux.
Naguère encore, des spots publicitaires sur le Viagra, mis en ligne sur internet, étaient simplement «allusifs».

Un jeune homme essaye vainement de rentrer une paille trop souple dans un gobelet fermé par un couvercle. En désespoir de cause, il choisit une paille dure, bleue comme le comprimé miraculeux, qui crève l’orifice.
http://fr.akelhawa.com/le-viagra-en-arabie-saoudite/

Ou bien ce jeune homme armé d’un marteau qui essaye vainement d’enfoncer un clou dans un mur. Trop mous, tous les clous se plient aux premiers coups. Il s’approvisionne alors dans une boîte au couvercle bleu. Et ça marche du premier coup de marteau. http://www.youtube.com/watch?v=IaCOiwbz3WM&watch_response

Le message est certes clair.

Mais avec «Snafi», le spot gagne en audace: la femme, une Saoudienne, est montrée, douce et aguichante. Et c’est elle qui prend l’initiative de l’invitation dans un pays où la sexualité est un sujet tabou et où la pudeur est de mise.

L’Arabie, grand consommatrice de pilules érectiles
L’Arabie compte toutefois parmi les plus grands consommateurs de «stimulants sexuels».
Selon la presse locale, l’Arabie est le troisième pays au monde, avec plus de 200 millions de riyals (54 millions de dollars) de dépenses annuelles.
Un octogénaire marié à deux femmes âgées respectivement de 27 et 30 ans, consommait deux boîtes de Viagra par semaine, rapportait la presse, citant des pharmaciens, selon lesquels les jeunes, entre 16 et 30 ans, représentent leurs plus grands clients.
Même les femmes sont touchées par la manne «aphrodisiaque» qu’elles croient trouver sous forme de «gouttes, qu’elles ingurgitent avec des jus de fruits (100 SR la fiole), d’un chewing-gum de 25 SR, ou d’une crème stimulante, dont elles s’enduisent» la partie la plus intime du corps, selon la presse.
Fait insolite, le quotidien al-Watan avait rapporté qu’un grand éleveur d’ovins de la région de Taëf (ouest) a eu l’idée d’ajouter quelques pilules de Viagra dans le fourrage de l’un de ses béliers, en perte de virilité. Au bout d’une heure, le mammifère a retrouvé son ardeur génésique et a fait le tour des femelles du troupeau.

L’amour, meilleur stimulant sexuel
En janvier dernier, le quotidien Al-Riyad avait organisé un questionnaire sur les raisons de l’engouement des Saoudiens pour les «stimulants sexuels».
Certains l’avaient expliqué par «l’impuissance sexuelle due à une défaillance physique», d’autres par «la soif pour une virilité ostentatoire», d’autres encore par «la volonté de remédier au vide affectif dans un pays où l’on souffre d’enfermement social».
Mais certains ont attribué cet «engouement pour les stimulants sexuels» à «l’absence d’une véritable éducation sexuelle» et à «la froideur dans les relations sentimentales entre les couples».
«Tous les stimulants sexuels n’ont aucune raison d’exister. L’amour est le plus grand stimulant», avait tranché «Mohamed».

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