30.9.08

Ni Ben Laden, ni Bush: ou la recette saoudienne pour l’Afghanistan

Par Habib TRABELSI

L’Afghanistan ne connaîtra la paix qu’avec le départ des forces étrangères, américaines en tête, et l’éradication d’Al-Qaïda de ce pays, estime mardi (30 septembre 2008) le quotidien saoudien Al-Watan dans une première confirmation indirecte de la médiation de Ryad entre les taliban et Kaboul, révélée par le journal britannique The Observer.

«Le problème en Afghanistan réside dans la présence américaine et occidentale. Il est temps pour les Afghans de se réconcilier et de vivre en paix. Eloignez-vous. Laissez les Afghans régler leurs problèmes tous seuls», écrit Jamal Khashoggi, le rédacteur en chef du journal.

«Le temps est venu d’essayer la recette saoudienne. Les efforts (de médiation) sincères de l’Arabie saoudite pourraient aboutir», poursuit l’ex-conseiller de l’ancien ambassadeur saoudien à Washington et patron des services de renseignements saoudiens de 1974 jusqu’au 9 septembre 2001, le prince Turki Al-Faycal.

Américains dehors …
«La solution américaine a toujours été militaire (…). Les Américains considèrent les talibans comme un bloc monolithique. Or, les talibans sont des oulémas et des combattants qui rejettent la présence étrangère. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas contents de l’extrémisme du mollah Omar (leur chef de file) qui a entrainé l’Afghanistan dans les désastres par son alliance avec Oussama ben Laden», ajoute Khashoggi.

Adieu Al-Qaïda !
«Si des talibans se réconcilient avec leurs frères à Kaboul, Al-Qaïda se retrouvera seule et sans couverture. C’est Al-Qaïda qui doit être visée par la guerre contre le terrorisme. Les taliban pourront aider le monde à se débarrasser d’Al-Qaïda», conclut le journaliste qui avait pourtant milité en faveur de la cause défendue par le chef de la nébuleuse terroriste.

L’évocation, pour la première fois à Ryad, des efforts de médiation saoudienne coïncide avec la visite dans le royaume d’une délégation officielle afghane, conduite par le mufti et président du Conseil consultatif des oulémas afghan, cheikh Al-Hafiz Fadhel Al-Hadi Shinwari, qui a été reçue lundi par le roi Abdallah en présence notamment du chef des services de renseignement saoudiens, Muqrin ben Abdel Aziz.

Les taliban ont démenti le même jour l'existence de négociations secrètes, sponsorisées par Ryad, avec les autorités de Kaboul qui ont également démentis de telles tractations.

Le Mollah Omar revient à la charge
Pour sa part, le mollah Omar a de nouveau menacé «les forces étrangères d’occupation du même qu’ont connu les troupes soviétiques», chassées du pays à la fin des années 1980.

«L’Amérique est en train d’essuyer d’énormes pertes en hommes et en matériel (…). Au début, vous avez misé sur la force de votre technologie. Chaque jour, l’Amérique accueille des cercueils de ses soldats», écrit notamment le mollah Omar dans un message à la nation musulmane qui célèbre la fête d’Al-Fitr clôturant Ramadan, le mois de jeûne musulman.

«Désormais, vous devez réviser votre décision d’avoir occupé notre pays. Vous devez chercher une porte de sortie en retirant vos troupes», ajoute le chef des taliban dans ce message mis en ligne sur des sites internet islamistes.

Karzai: j’ai sollicité une médiation de Ryad …
Quelques heures plus tard, le président afghan Hamid Karzai a affirmé depuis Kaboul, où il prononçait son traditionnel message de l'Aïd el-Fitr, avoir effectivement demandé au roi Abdallah de servir de médiateur en tant que "dirigeant du monde islamique" pour faciliter des pourparlers de paix avec les talibans. Il a toutefois assuré qu’aucune négociation n'avait encore eu lieu.

et tendu la main au mollah Omar
Hamid Karzai a en même temps affirmé avoir déjà appelé le mollah Omar à "revenir sur notre sol et à travailler au bonheur du peuple".
M. Karzai a affirmé qu'il assurerait la protection du mollah Omar et de tous les autres taliban qui voudraient faire la paix.
«L’Occident ne peut qu’applaudir»
«Les discussions parrainées par Ryad ont probablement été commandités par Washington après les pertes subies par les forces étrangères, notamment l’armée américaine» qui a connu son année la plus meurtrière depuis 2001, estime un journaliste arabe accrédité à Islamabad.

«D’ailleurs, plusieurs capitales européennes ne peuvent qu’applaudir à une telle médiation», a ajouté ce journaliste, également spécialiste d’Al-Qaïda et du mouvement taliban.

The Observer avait précisé que des la Grande Bretagne avait fourni le soutien logistique et diplomatique pour les discussions, en dépit de déclarations officielles selon lesquelles il ne saurait y avoir de négociation tant que les Taliban n'auraient pas renoncé à la violence.

Pour sa part, le Premier ministre français, M. François Fillon, avait explicitement fait état, lors de la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale, le 22 septembre, d’une telle médiation.
«L’adversaire ne constitue pas un bloc unifié. Il nous faut explorer la manière de séparer les jihadistes internationalistes de ceux qui inscrivent davantage leur action dans des logiques nationales ou tribales. Des efforts en ce sens sont menés par des pays sunnites comme l’Arabie Saoudite», avait alors déclaré M. Fillon.

«Nous devons nous appuyer sur les structures traditionnelles et réintégrer ceux des insurgés, notamment pachtounes, qui n’ont pris les armes que parce qu’ils se sont sentis exclus de l’effort de reconstruction», avait ajouté le Premier ministre Français.

L’Arabie saoudite, qui avait été l’un des rares pays à avoir reconnu le gouvernement des taliban en Afghanistan dans les années 1990, figure parmi les plus grands pourvoyeurs d’aide à la reconstruction de l’Afghanistan.

Récemment encore, Ryad a contribué au programme alimentaire en Afghanistan, sous l’égide du Programme mondial de l’alimentation(PAM) et consenti un prêt de plus de 30 millions de dollars, dans le cadre de la conférence mondiale de reconstruction de l’Afghanistan qui s’était déroulée en juin dernier à Paris.

HT/

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