Par Habib TRABELSI
Mixité fortuite, musique tonitruante, danse débridée et drague furtive … des milliers de jeunes saoudiens et saoudiennes se sont défoulés mercredi sur des places publiques et dans des centres commerciaux dans plusieurs villes du royaume ultraconservateur, sous le nez des redoutables «Moutawas», fête nationale oblige !
Moutawas désemparés, policiers désinvoltes
Plusieurs vidéos mises en ligne jeudi montrent des marées de jeunes des deux sexes, surexités. Les filles en majorité en abaya mais le visage bien découvert.
Hurlant, chantant et dansant côte à côte sur les places publiques ou transformant des centres commerciaux en «dancings» géants, ils ont nargué pendant de longues heures les membres de la police religieuse, pourtant censée veiller sur les bonnes mœurs et faire appliquer la charia dans le royaume wahhabite.
Le tout, au vu et au de policiers inhabituellement imperturbables.
De mémoire de Saoudiens, la date de l’unification du pays le 10 septembre 1932 n’a jamais été célébrée dans la rue avec une telle pompe et encore moins, d’une manière aussi ostentatoire.
Un carnaval tumultueux
Les bandes de jeunes, gaiement déchainés, brandissant le drapeau national, transformé tour à tour en pagne, écharpe ou cagoule, ont fait fi des tous les interdits, au grand dam des Moutawa, complètement débordés.
Dans le passé, des voix s’étaient élevées pour demander de modifier le drapeau national, frappé de la profession de foi musulmane et le seul au monde qui ne peut être mis en berne.
D’autres groupes ont sillonné en voitures frappées des couleurs nationales et décorées de centaines de portraits du roi les principales artères des grandes villes du royaume, zigzaguant, klaxonnant à tue-tête, bloquant les entrées des rues et perturbant la circulation…
Deux sons de cloche !
Pourtant, à la veille de la commémoration de l’avènement du règne de la dynastie des Al-Saoud sur l’ensemble de l’Arabie actuelle, cheikh Salah Fawzan Al-Fawzan, un membre du Comité des grands oulémas, avait rappelé qu’ «il n’était pas permis» de célébrer la fête nationale avec pompe, «et encore moins par rassemblements de rue et déploiement de drapeaux».
«Il n’y a dans l’année (de l'Hégire) que deux fêtes: l’Aïd el-Fitr (fin de Ramadan, le mois de jeûne musulman) et l’Aïd al-Adha» (fête du Sacrifice), a rappelé le membre de cette plus haute instance religieuse du royaume où même la commémoration de la naissance du prophète Mahomet est considérée comme une fête étrangère à l’islam.
Mais, le roi Abdallah, représenté mercredi au carnaval par des centaines de portraits géants, avait décrété la fête nationale jour férié ... pour la troisième fois depuis son arrivée au pouvoir en août 2005.
«Auparavant, la fête nationale passait presque inaperçue, à l’exclusion de quelques couvertures par des journaux que personne ne lisait», souligne sur le site http://www.alssiyasi.com/) Bandar Sulaiman, un fin connaisseur des affaires saoudiennes.
«Le roi a même accordé le pont, puisque cette fois la fête nationale précédait de peu l’Aïd el-Fitr, et a autorisé sa célébration ouvertement et sans intervention des hommes de la Commission» pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, qui chapeaute la police religieuse.
Une ombre au tableau
Une seule ombre semble avoir troublé la fête: le quotidien Al-Hayat a rapporté mercredi que «la Commission avait interdit la veille au Comité féminin du Club culturel de Haël (sud-ouest) d’organiser une cérémonie de distribution de cadeaux à des enfants et qui devait se tenir dans un centre commercial, à l’occasion de la fête nationale. La Commission n’a présenté aucune justification, selon le journal.
Encore le 11 septembre
Selon Bandar Sulaiman, ce sont encore «les événements du 11 septembre (2001) qui ont fait naître de nouveaux sentiments patriotiques (…) après que le discours panislamique ressassé depuis des décennies eut empêtré les Saoudiens dans de nombreuses complications».
«De nouveaux sentiments se sont cristallisés sur la patrie, au détriment de la grande nation … utopique», estime-t-il.
Que la fête perdure !!!
Le rédacteur en chef du quotidien Al-Watan, Jamal Khashoggi, réputé par ses articles ouvertement critiques à l’égard de l’establishment religieux et qui lui ont valu un limogeage en 2003, est plus dithyrambique.
Sous le titre provocateur, «Que les garçons se réjouissent, que les filles poussent des youyous ! C’est leur grand jour !», l’éditorialiste stigmatise «ceux qui ont souillé le patriotisme (…) par une culture sanctifiée par des discours et des fatwas ressassés ces deux dernières décennies».
« Ils vont rétorquer qu’il est illicite de célébrer la fête nationale par la mixité, la danse et le désordre public (…). Nous devons leur retirer tous les prétextes, en instituant la célébration officielle de la fête et son organisation avec la participation de tous les Saoudiens», conclut ce pourfendeur des Moutawas, sans même les nommer.
HT/
Quelques vidéos:
http://www.youtube.com/watch?v=NF_cClZfqfw
http://www.youtube.com/watch?v=xYHhx1Ns_d8
http://www.youtube.com/watch?v=Mm2ntuSoWfA
http://www.youtube.com/watch?v=ps7sVaFBpQk
http://www.youtube.com/watch?v=aFvu3QHRgC4
http://www.youtube.com/watch?v=Utl9aw7_x0U
25.9.08
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