Par Habib TRABELSI
Plus jamais de fashion show/strip-tease, plus jamais de grivoiseries ou de chansons polissonnes à la télévision, jure une ONG de femmes saoudiennes qui affirment défendre la vertu, deux semaines après un appel voilé au meurtre lancé par une figure de proue du clergé religieux officiel contre les patrons de chaînes de télévisions satellitaires prônant la dépravation.
Pas de strip-tease à la télé
«A partir d’aujourd’hui, nous ne tolérerons plus la diffusion de spots publicitaires évocateurs de l’exploitation sexuelle de la femme (…), de programmes de mode vestimentaire présentant des collections dignes de strip-tease», promettent les quinze cosignataires du «premier message» de cette ONG, «en instance de création».
«A partir d’aujourd’hui, nous ne permettrons plus la diffusion de clips vidéos musicaux exhibant des décolletés et présentant des positions suggestives. Nous n’accepterons plus les présentateurs et présentatrices qui échangent des propos sexuellement piégés», décrètent les quinze cosignataires du «premier message» de cette ONG, encore «en instance de création».
Le comité fondateur de l’«Association de l’appel à la vertu dans les medias», regroupe des journalistes, des universitaires, des médecins et des responsables d’associations socioprofessionnelles. Mais l’Association est ouverte à quiconque dans le monde arabe, à condition qu’il soit «âgé de 18 ans ou plus et dispose d’une adresse électronique».
«Cette proposition historique vise à mettre fin à la grande polémique sur les chaînes satellitaires, à oublier le passé et à ouvrir une nouvelle page», précise l’Association sur son site internet http://fadhila.org/ , sans toutefois faire de référence explicite au tollé suscité dans le royaume et dans le reste du monde par la fatwa de cheikh Saleh Al-Lahidane, président du Haut Conseil de la justice et membre du Conseil supérieur des oulémas, respectivement la plus haute autorité judiciaire et la plus haute instance religieuse du royaume.
Celui-ci avait émis, le 12 septembre et en pleine période de Ramadan, une fatwa (décret religieux exécutoire) appelant au meurtre, sous conditions, des propriétaires de chaînes de télévision qui propagent la dépravation et la luxure et/ou suscitent la sédition.
La fatwa a provoqué une levée de boucliers (y compris au sein de milieux religieux proches du régime qui y puise sa légitimité) dans le royaume où la plupart des chaînes incriminées appartiennent à des hommes d'affaires issus et/ou proches de la famille régnante saoudienne et y ont pignon sur rue.
Précautions d’usage
Mais l’Association prend méticuleusement soin de préciser que «les chaînes concernées seront les télévisions satellitaires commerciales privées, gratuites et non cryptées».«Les chaînes étatiques et les chaînes privées et cryptées ne seront pas concernées» par cette mise en garde, ajoute le groupe d’activistes.
Les principales chaînes visées par l’homme lige du régime sont la Middle East Broadcasting Centre (MBC) de Walid Ibrahim, proche de la famille régnante saoudienne, du groupe Rotana, appartenant au milliardaire al-Walid ben Talal qui contrôle aussi la chaîne LBC (Lebanese Broadcasting Corporation) et du bouquet ART, de l'homme d'affaires saoudien Saleh al-Kamel.
Défendre la vertu mais aussi promouvoir la liberté d’expression
L’Association «sera basée en Arabie saoudite (…) mais cherchera à se faire enregistrer dans plus d’un pays arabe, pour bénéficier des diverses législations en vigueur (…), notamment à Dubaï Media City», ajoutent les co-fondatrices, dont Arwa Al-Amrou, Asmaa Al-Hussein et Hassa Al-Khalaf, les trois premières par ordre alphabétique.
Ces activistes ne brandissent toutefois aucune forme de menace explicite contre les éventuels contrevenants.
Elles soulignent que «parmi les moyens (de contrôle), figure le suivi quotidien et minutieux des programmes des chaînes les plus répandues (…), l’envoi de demandes ponctuelles et précises aux propriétaires de ces chaînes (…), l’encouragement par tous les moyens de celles qui coopèrent et la poursuite en justice contre les contrevenants».
«Nous continuons toutefois à défendre avec force la liberté de l’information», prennent soin de dire les quinze intellectuelles, en guise de conclusion.
HT /
28.9.08
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