20.9.08

Les pleins pouvoirs des «Moutawa» rétrécis à Djeddah


Les membres de la police religieuse saoudienne, ou «Moutawa», ne pourront plus entrer dans les restaurants ou cafés à Djeddah pour faire appliquer la stricte ségrégation sexuelle, sans autorisation préalable de l’émir de La Mecque, Khaled Al-Fayçal, rapporte la presse écrite et électronique locale dimanche (21 septembre).

Selon la presse, les Moutawa sont interdits d’entrée dans les établissements réservés aux familles sans autorisation de l’émir Khaled. En Arabie saoudite, il y a des restaurants et cafés pour hommes exclusivement et d’autres, comportant deux espaces, dont un réservé aux hommes et femmes mariés ou liés par le sang.

La «khilwa», ou rencontre entre un homme et une femme n'appartenant pas à la même famille immédiate, constitue une infraction à la charia (loi islamique). Elle est passible de peines allant des coups de fouet à l'emprisonnement.

Cité dimanche par la presse locale, le chef de la Commission, Ibrahim Al-Ghaith, a confirmé cette interdiction, en précisant que «s’applique uniquement aux restaurants et ne concerne pas les centres commerciaux».

La limitation des larges pouvoirs de cet organisme de l’Etat appelé «Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», a été décidée récemment par le prince Khaled Al-Faycal ben Abdel Aziz, nommé en mai 2007 à la tête de la région de La Mecque, qui englobe aussi Taëf et Djeddah, la grande métropole portuaire et touristique, bénéficiant d’une ouverture inexistante dans le reste du royaume ultraconservateur.

Le prince Khaled Al-Fayçal, un passionné de la culture qui lui a valu le titre d’«émir de la pensée et de la poésie», avait été la cible de critiques des «hommes d’al-Hesba» qui lui reprochaient son ouverture, du temps où il était gouverneur de la région de Assir, avant sa nomination à la tête de La Mecque.

Accusée en Occident de graves violations des droits de l’Homme et éclaboussée par des affaires de meurtres impliquant certains de ses membres, ou «hommes d’al-Hesba», la police religieuse voit ainsi, pour la première fois, ses pouvoirs limités dans cette ville qui bénéficie d’une ouverture inexistante dans le reste du royaume ultraconservateur, notamment Ryad, la capitale.

Forte de 5.029 éléments, dont 3.557 hommes de terrain, la police religieuse est chargée de veiller à l’application stricte de la Charia (loi islamique), dont l’application de la stricte ségrégation sexuelle, la traque des trafiquants d’alcool et de drogue, de prostituées, de proxénètes, d’homosexuels et de travestis.


En mai dernier, Amnesty International avait réclamé la libération d'un maître-assistant en psychologie, arrêté par des membres de cette police religieuse alors qu'il prenait un verre dans un café à Ryad, en compagnie d'une femme sans lien de parenté avec lui, ce qui est considéré comme un délit ou «khilwa», désignant la rencontre entre hommes et femmes non liés par le sang.

La limitation du pouvoir de la police religieuse a été accueillie avec une grande satisfaction dimanche par de nombreux Saoudiens s’exprimant sur la Toile.

«Je salue cette décision. Les hommes d’al-Hesba, qui s’immiscent dans la vie des gens et répriment les libertés, doivent quitter Djeddah et aller vivre dans des grottes», s’exclame Fahd sur le site http://www.elaph.com/

«Nous souhaitons que cette interdiction s’étende à tout le royaume, surtout à Ryad dont les habitants souffrent de la tyrannie de la Commission», lui réplique «un citoyen saoudien libre».

« Jusqu'à quand va durer cette tutelle médiévale ? Vivement la liberté», s’est écriée «Bint Al-Jabal».

HT

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