17.9.08

Négociations d’un accord de libre-échange CCG-UE: «stériles et à réviser»

Les négociations entre les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) et l’Union européenne (UE), au point mort depuis environ 20 ans, sont «stériles» et sont à réviser, selon un ancien, mais toujours influent, haut responsable de ce groupement régional arabe.

«Les négociations avec l’UE sont stériles. Elles n’ont pas donné de résultat et doivent être révisées», a déclaré Abdallah Al-Quwaiz, ancien secrétaire général adjoint du CCG pour les Affaires économiques, dans un article publié le 1er septembre par le quotidien saoudien Al-Iqtissadiya.

M. Quwaiz a estimé avoir adressé un message clair aux chefs de diplomaties des pays du CCG leur demandant d’«arrêter les négociations sur le projet d’accord de libre-échange et d’entamer des pourparlers sérieux sur des questions touchant à la vie quotidienne des citoyens et hommes d’affaires des deux groupements régionaux, et contribuant au renforcement des investissements européens dans les pays du CCG et à l’équilibre de la balance commerciale» actuellement largement favorable à l’UE, leur principal partenaire commercial.

Le CCG (Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Oman), fondé le 25 mai 1981, discute depuis 1988 d’un accord de libre-échange avec l’UE. La conclusion de l’accord est périodiquement annoncée comme imminente depuis de longues années, mais le projet est toujours dans l’impasse.

En juin dernier, le secrétaire général du CCG, Abdel Rahman Al-Attiya, avait imputé à l’UE l’enlisement des négociations et le retard de la conclusion d’un accord de libre-échange.
«L’UE a adopté un partenariat stratégique avec Israël qu’elle tente d’imposer aux pays du C.C.G. qui refusent l’instauration de relations avec Israël jusqu’à la signature d’un accord de paix global qui permettra la formation d’un Etat palestinien et mettra fin à l’occupation», avait notamment déclaré M. Attiya à l’issue d’une réunion ministérielle du CCG à Djeddah.

M. Attiya avait même averti que «le prochain round de négociations, prévu en septembre 2008, sera décisif : soit la signature d’un accord, soit l’arrêt des négociations».

M. Quwaiz, également ancien secrétaire d’Etat au ministère saoudien des Finances et de l’Economie, a pour sa part accusé le Parlement européen d’avoir «entravé les négociations en posant, dans un communiqué publié le 24 avril dernier, neuf exigences, en particulier une relative aux droits de l’Homme» dans les pays du CCG.

«Il semble que la liste des exigences de l’UE ne va pas s’arrêter et que les Européens sont embarrassés par ces négociations. D’ailleurs, ils ne sont pas convaincus que celles-ci leur apporteront des profits commerciaux supplémentaires », a-t-il dit.
«En effet, l’UE est le principal partenaire commercial du CCG. L’UE a depuis plus d’un quart de siècle un excédent commercial très important et permanent avec le CCG dont les investissements affluent massivement et sans interruption vers l’ Europe » a-t-il ajouté.
Selon lui, les investissements des pays du CCG en Europe sont estimés au total à plus de 100 milliards de dollars entre 2002 et 2006, soit près de 20% de leurs investissements à l’étranger, alors que les investissements européens dans les six pays du Golfe n’ont pas dépassé les 13 mds USD durant la même période, soit près de 1% de l’ensemble des investissements des pays européens à l’étranger.

En 2006, les échanges UE-CCG se sont élevés à plus de 110 milliards de dollars (75 milliards d’euros). L’UE a ainsi chiffré à 47,4 milliards d’euros ses exportations vers le CCG, qui constitue son 5e client, alors que les pays du CCG ont exporté vers l’UE pour 35,2 milliards d’euros de marchandises, notamment du brut, des produits pétrochimiques et de l’aluminium, selon des statistiques européennes. Le tiers des importations des pays du CCG provient de l’UE.

«En définitive, Il est clair que les négociations ne répondent pas aux attentes des deux parties», a conclu l’éminent économiste, avant de suggérer huit propositions de coopération entre les deux groupements régionaux.

M. Quwaiz a proposé notamment «la mise en place d’un programme commun d’industrialisation cofinancé par les deux groupes et dans lequel le secteur privé aurait le rôle prédominent», «l’abrogation des visas d’entrée, en particulier pour les hommes d’affaires des deux groupes de pays» et «la création par les pays de l’UE d’institutions de formation et d’entrainement de cadres rodés à l’expertise, à la technologie et à la production européennes».

Habib Trabelsi
Le 2 sept 2008

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