Par Habib TRABELSI
Des Saoudiens qui ne sont pas «tombés en martyrs» en Irak subissent actuellement un lavage de cerveau antiterroriste, dans le cadre de la «guerre des idées» mené tambour battant en Arabie saoudite pendant Ramadan, le mois de jeûne musulman mais aussi, pour les jihadistes, la saison du martyre.
Lundi 8 septembre, deux kamikazes repentis ont longuement raconté sur la Chaîne 1 de la télévision saoudienne comment ils ont pu échapper miraculeusement à la «caravane des martyrs».
A leur départ pour l’Irak, gavés de propagande jihadiste et saoulés de haine et de rage contre «l’occupant américain», ils étaient pourtant désireux de mourir, avec la perspective d’aller au paradis.
«A notre arrivée, ils nous ont demandé de prêter allégeance à quelqu’un qui se fait appeler Abou Omar Al-Baghdadi et qui s’est autoproclamé émir du soi-disant Etat islamique en Irak», raconte «Abou Mohamed», à la barbe bien taillée.
Il fait référence à des membres de la branche locale d’Al-Qaïda.
Le Saoudien «kamikaze» archétypique
«Au début, ils nous ont donné à choisir entre le combat et les opérations-martyrs. Ensuite, ils nous ont dit qu’ils avaient besoin seulement de volontaires pour des opérations-suicides», enchaîne «Abou Saleh», à la barbe hirsute et dont l’accoutrement rappelle celui des Moutawa, la redoutable police religieuse saoudienne.
Les deux hommes racontent ensuite comment ils ont été confiés à des jihadistes qui les ont «vendus» à la police irakienne qui les a remis aux forces américaines. Après plusieurs mois de captivité, ils ont été remis aux autorités saoudiennes.
Tous les deux ont affirmé que les groupes jihadistes affectent surtout des Saoudiens pour l’exécution d’attentats-suicides. Selon eux, les Saoudiens rencontrés en prison sont âgés entre 20 et 26 ans, la plupart particulièrement obsédés par le martyre.
A l’instar des précédentes «confessions» de vétérans d’Irak, commencés début juillet, ces témoignages confirment des affirmations américaines et irakiennes selon lesquelles les Saoudiens seraient largement surreprésentés parmi les auteurs d’attentats-suicides.
Aller au paradis … et mieux encore, à la faveur de Ramadan
En outre, de nombreuses biographies de «martyrs» saoudiens en Irak, mises en ligne sur des sites internet ces dernières années, évoquent la prédilection des Saoudiens à tomber en martyrs durant Ramadan, particulièrement durant ses dix derniers jours et encore mieux pendant la «nuit du destin», le 27e jour de ce mois sacré, celui de la révélation du Coran.
Les groupes jihadistes tirent parti de l'occasion pour galvaniser sur l'internet les combattants de la guerre sainte, en mettant en exergue la Conquête (bataille) de Badr, la première bataille victorieuse des musulmans, qui a eu lieu le mardi 17 Ramadan de l'An 2 de l'Hégire" (624 du calendrier grégorien).
"Contrer l’extrémisme durant Ramadan»
C’est pourquoi, à la veille de Ramadan, le mufti, cheikh Abdelaziz Al-Cheikh, qui préside le Conseil des grands oulémas, la plus haute autorité religieuse du royaume, a prévenu les jeunes saoudiens de se diriger vers les zones de conflits et de zizanies» au nom du jihad.
Le mufti a toutefois pris soin de préciser qu’il ne cherchait pas à «minimiser la valeur du jihad ou à méconnaître ses bienfaits», l’Arabie saoudite étant le porte-drapeau de l’islam et le jihad étant une obligation pour la communauté des croyants.
A la veille de ramadan, les autorités, qui avaient lancé un programmes de réhabilitation de milliers d’extrémistes, dont certains se sont repentis, ont organisé une exposition a Ryad, baptisée «lutte contre le terrorisme».
Pour sa part, la presse locale a réservé une large place à la couverture des «confessions des égarés» à la télévision, auxquelles elle a consacré de longs commentaires.
Un paradis peuplé de houris «halal»
«Pendant Ramadan, nous aspirons tous à la pénitence et au paradis (…) mais pas celui des nouveaux jihadistes présumés, ceux qui se posent en martyrs à la recherche des plaisirs promis par les apôtres du mal», écrivait le 27 août l’éditorialiste d’al-Riyadh, Hachem Abdo Hachem.
«Nos jeunes sont visés par les groupes terroristes. Chaque jour, des dizaines de nos jeunes s’en vont en enfer et non au paradis promis. Cela dépasse toutes les bornes», s’indignait l’éditorialiste, sous le titre «contrer l’extrémisme durant Ramadan».
«Nos jeunes sont pris en otage par les sites Internet jihadistes qui sont submergés par des clips vidéo, des images de propagande et des appels au jihad en Irak, des conseils pratiques pour s’y rendre et rejoindre les houris qui les attendent aux paradis. Décidément, leurs cerveaux sont vides», avait alors commenté un lecteur du journal.
Lors de l’émission de lundi, «Abou Saleh» s’est interrogé sur les raisons qui poussent les jeunes saoudiens à se diriger vers l’Irak, la Tchétchénie ou l’Afghanistan, pour se faire exploser.
«Depuis 20 ans, nous cherchons ces raisons. Elles sont à chercher dans le terroir, à l’intérieur même de la société», a-t-il répondu laconiquement.
Rejoindre les houris plus tôt que prévu
«Le paradis représente un élément primordial dans la foi musulman (…). En Arabie saoudite, le paradis est encore plus omniprésent dans l’imaginaire du Saoudien depuis sa prime enfance (…). L’imam de la mosquée évoque constamment les houris promises aux fidèles qui accèderont au paradis», écrivait récemment Bandar al-Suleiman, dans une longue analyse sur un site internet.
«La frustration sexuelle est l’une des raisons qui poussent les fidèles à penser constamment au paradis. C’est cet imaginaire sexuel débridé qui pousse le Saoudien à emprunter le plus court chemin vers le paradis», écrivait ce spécialiste des affaires saoudiennes.
HT
10.9.08
17.9.08
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