Depuis début Ramadan, les autorités saoudiennes ont durci leur campagne contre la mendicité, un «business» qui peut s’avérer lucratif particulièrement pendant le mois de jeûne musulman, mais aussi un mal nécessaire pour bon nombre de Saoudiennes, surtout parmi les abandonnées, les répudiées, les divorcées et les veuves.
La campagne, qui atteint son crescendo durant ce mois de charité et d’entraide, consiste à traquer les mendiants notamment devant les mosquées, les centres commerciaux et sur les places publiques.
Les mendiants s’évertuent à tromper la vigilance des policiers et inventent à chaque fois de nouveaux procédés. La presse avait même fait état de l’arrestation de parlé de mendiants surpris en train d’envoyer des SMS ou téléphonant avec leurs portables pour alerter leurs confrères sur les mouvements des brigades anti-mendiants.
Les Saoudiennes plus nombreuses à faire la manche
Selon les statistiques du ministère des Affaires sociales, sur les 30.088 mendiants recensées en 2006 dans le royaume, 5.317, soit 17,8%, étaient des autochtones: les Saoudiennes étaient largement en avance, soit 3.949 femelles contre 1.368 mâles.
Bien qu’interdite et réprimée, la mendicité a encore prospéré. Il ne se passe de semaine sans que la presse locale ne fasse état d’interpellations.
Les étrangers, soit près des 80% des personnes interpellées, sont expulsés. Les nationaux sont «soit orientés vers le bureau du travail, s’ils sont aptes, soit conduits vers des centres de protection sociale, selon leur âge et leur sexe», a rappelé le ministre des Affaires sociales, Youssef al-Othaïmin, le 5 septembre.
Des femmes associées à la traque de femmes
Le même jour, soit au 4e jour du Ramadan, le quotidien Al-Watan écrivait que la mendicité a atteint une telle ampleur que «des femmes ont été associées à la campagne contre les mendiantes» dans certaines régions du royaume, dont la province orientale.
Citant un responsable du département de lutte contre la mendicité dans cette province, le journal rapportait que «certaines personnes arrêtées étaient en possession de grandes sommes» d’argent.
Des mendiantes aguichantes
La presse locale rapporte souvent le cas de mendiants qui gagneraient jusqu'à 100 dollars par jour, soit près de la moitié du salaire mensuel d'un ouvrier asiatique dans les monarchies arabes du Golfe.
Plusieurs quotidiens ont réservé une large place à la mendicité galopante.
«Depuis le début du mois sacré, les mendiants entachent les sites touristiques de la ville d’Abha», la capitale d’Assir, écrivait le quotidien Al-Watan.
«Ils abusent de la générosité du peuple saoudien pour mettre les bouchées doubles en ce mois béni», renchérissait Al-Iqtissadiya.
Le quotidien Al-Youm a consacré quatre articles à «la mendicité dernier cri» et aux «mendiantes à la mode» pour fustiger, pudiquement, les mendiantes professionnelles, aguichantes et qui «opèrent en tenues de marques».
Le tout est illustré par une photo d’une jeune femme élégante conversant avec un jeune automobiliste, visiblement trop généreux.
«Elles refusent de travailler, elles refusent toute aide sociale parce qu’il leur suffit de tendre la main … et ça rapporte gros», commentait un lecteur.. «Une mendiante qui a besoin de dix riyals pour ‘’prendre un taxi’’, en réclame mille lorsqu’on lui propose de la déposer», ironisait un autre, sans gêne.
Une nécessité vitale
Mais «Oum Saad» n’est pas une professionnelle.
La cinquantaine révolue, issue d’un milieu pauvre, «Oum Saad» n’est jamais allée à l’école et n’a appris aucun métier.
Elle s’est trouvée abandonnée par son toxicomane de mari avec huit enfants sur les bras ... Alors, elle tend la main.
Elle fait la quête devant une mosquée à Médine. Elle se fait accompagner par l’un de ses enfants, affligé d’une cécité congénitale, pour apitoyer les fidèles.
«Oum Saad» soutient qu’elle a frappé à toutes les portes.
La sécurité sociale lui a demandé de «justifier d’une attestation d’abandon» (çak al-hijran) pour bénéficier d’une allocation, d’ailleurs maigre.
Or, comment apporter au juge, un mâle, la preuve de son abandon par son mari dans un pays où la femme n’a pas le droit de demander le divorce, alors que l’homme peut répudier son épouse ou ses épouses en un clin d’œil?
Selon la charia (loi islamique), strictement appliquée en Arabie saoudite, il suffit à un musulman d’annoncer trois fois à sa femme, de vive voix et devant témoins, sa décision de divorcer pour que l’union soit rompue.
Acculées à la mendicité
«Certains juges obligent une femme qui demande à se séparer de son époux de renoncer à tous ses droits financiers, voire à lui restituer sa dot, même si le mari est un violent ou un drogué», déplorait Souhaila Zine el-Abidine Hammad, dans un article sur «la femme saoudienne et la mendicité», paru le 4 septembre dans le quotidien saoudien Al-Madina.
«Certaines épouses sont acculées à l’endettement pour rembourser leurs maris. C’est comme si on récompensait un mari pour son addiction à la drogue ou sa violence contre sa femme !», s’indignait la journaliste.
«Bon nombre de Saoudiennes sont victimes de problèmes sociaux comme la dislocation de la cellule familiale ou le divorce, qui se sont exacerbés ces dernières années. Le plus étonnant, c’est que des femmes mariées s’adonnent de plus en plus à la mendicité à cause de la pauvreté ou du chômage», écrivait-elle.
Saoudiennes mendiantes: spectacle banalisé
Le spectacle de Saoudiennes accroupies à la sortie d’une mosquée, quémandant des passants dans les rues ou des automobilistes dans les carrefours n’étonne plus les citoyens de ce pays pourtant ultraconservateur.
«Les Saoudiens ne s’étonnent plus parce qu’ils se sont habitués à de nombreux phénomènes, naguère encore inconcevables, même s’ils les réprouvent», a commenté, sous couvert d’anonymat, un sociologue saoudien.
Il a évoqué «le nombre effarant de Saoudiennes qui s’adonnent à la prostitution et à la drogue», «la multiplication des fugues de jeunes filles» du foyer familial ou «les dernières statistiques sur les lycéennes qui s’adonnent au tabac».
6.9.08
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