30.9.08
L’Arabie, un grand souk pour les marchands de fatwas
Interdit à la femme de s’asseoir sur une chaise ou de surfer sur internet en l’absence d’un tuteur, interdit de jouer au football ou d’apprendre l’anglais: à en croire les prédicateurs, le champ du licite se réduit comme une peau de chagrin en Arabie saoudite, un souk juteux pour les marchands de fatwas.
Investisseurs dans le marché lucratif de fatwas
«Il faudrait interdire ce marché de fatwas. Il est illicite d’utiliser la religion à des fins lucratives», a déclaré cheikh Abdel Mohsen Al-Oubikane, membre du Conseil consultatif et conseiller au ministère de la Justice.
Il a déploré «la grande pagaille créée par les fatwas anarchiques», particulièrement florissantes durant Ramadan, le mois de jeûne musulman, a rapporté le 25 septembre 2008 le quotidien al-Riyadh.
Des dizaines d’oulémas et de prédicateurs se sont relayés sur les chaînes de télévision satellitaires pour émettre des décrets religieux, le plus souvent saugrenus et parfois sanguinaires.
Fausses solutions à de faux problèmes
D’autres offrent leurs services «à la carte», en répondant à des questions ponctuelles et en fournissant de fausses solutions à de faux problèmes, via internet ou, encore mieux, par des SMS payants.
Selon al-Riyadh, un prédicateur saoudien a pu atteindre le chiffre record de 150.000 abonnés.
«Fatwas On-Live: Posez votre question et le cheikh répondra directement. Seuls les abonnés pourront y accéder. Inscrivez-vous en pressant ici. Et surtout, ne vous privez pas du bien !», dit l’une des nombreuses offres sur internet.
Marché de gros
Une autre propose «un programme de milliers de fatwas édictées au cours des cent dernières années par la Commission de Fatwa d’Al-Azhar» et recommande à «tous les musulmans de le décharger».
Récemment, le rédacteur-en-chef du quotidien saoudien al-Jazirah, Mohamed Abdellatif Al-Cheikh, écrivait que «l’investissement dans les fatwas est un pillage illégitime et honteux de l’argent» des autres et pressait les autorités à interdire «ce business facile».
Une tour de Babel
«Dans ce souk aux fatwas, il y a de tout: des fatwas politiques avec un habillage religieux, des fatwas religieuses avec des connotations politiques, des fatwas sur mesure, un mufti autorise ce qu’un autre interdit… c’est une tour de Babel ! », écrivait un internaute dans la foulée des commentaires suscitées par la fièvre de fatwas émises par de grands dignitaires religieux saoudiens ou officiant dans le royaume.
Les plus controversées étaient un appel au meurtre de propriétaires de chaînes de télévision dépravées et un autre, d’origine syrienne, à en découdre avec Mickey Mouse et ses congénères sataniques.
Ces fatwas en série, qui n’ont pas échappé aux medias occidentaux, ont également été tournées en dérision par de nombreux éditorialistes de journaux saoudiens et ridiculisées par d’innombrables lecteurs.
Des fatwas-anecdotes
Certains se sont même amusés à faire des inventaires des «insanités» proférées par des «vedettes des satellitaires» et des «fatwas online».
Ainsi, la chaise est une invention occidentale. Le prophète s’asseyait à même le sol. Et cela rapproche du créateur. Une femme ne doit pas s’asseoir sur une chaise parce qu’ainsi, elle étale ses charmes … Et puis, la chaise est (un mot) «masculin», en arabe !!
La nature «perfide» de la femme ne doit pas lui permettre de surfer toute seule sur la Toile. Elle ne doit l’ouvrir qu’en présence d’un tuteur mâle, ont décrété deux prédicateurs éminents.
Un autre cheikh a démontré, en 36 pages, que la pratique du football est illicite si elle ne remplissait pas «quinze conditions», la première étant que ce jeu ait pour objectif de «fortifier le corps pour … se consacrer au jihad ! ».
Quant à l’apprentissage de la langue anglaise, il détourne l’enfant de la langue arabe et lui apprend en même temps à aimer les natifs de cette langue étrangère.
Même verdict pour la chimie, «une forme de magie», les chaussures à talons hauts, «mensongères, parce qu’elles montrent la femme plus grande que nature», sans compter l’interdiction pour la femme voilée de porter des vêtements de couleurs, à l’exclusion du noir, pour un homme de se couper les cheveux un vendredi ou de porter la cravate et pour un fidèle d’applaudir, de rire …
Des Saoudiens excédés: l’Arabie dans la ligne de mire …
«Décidément, nos oulémas ne nous laissent rien de licite», constate un internaute.«Nous en avons assez de ces fatwas ridicules qui suscitent le mépris du monde pour notre pays et pour notre religion», renchérit un deuxième.
«Nous devons être prudents... D’aucuns nous attendent au tournant et sont à l’affut du moindre lapsus pour l’exploiter à leur guise», écrivait récemment le bloggeur Mohamed Al-Maghlouth sur http://www.the-plucky.com/blogs/?p=190
«L’Arabie saoudite est sous les projecteurs. Chaque mot proféré par un dignitaire religieux est automatiquement repris par les journaux et les sites internet internationaux, pour faire l’objet de raillerie », renchérit son concitoyen Thamar Al-Marzouki http://www.ljo2.net/?p=320 .
Une «ligue mondiale de jurisprudence»
Cette boulimie de fatwas, souvent malheureuses, a amené cheikh Oubikane à appeler, le 25 septembre, à la mise en place d’une «ligue mondiale de jurisprudence» qui serait «ouverte à toutes les confessions musulmanes, et ne groupant pas moins de cent oulémas, pour promulguer les fatwas après les avoir vérifiées et passées au crible. La ligue sera ainsi l’unique référence pour tous les musulmans».
Mais son appel, publié par le quotidien al-Riyadh, a aussitôt provoqué une levée de boulier…Plusieurs lecteurs ont rejeté avec force l’idée d’associer les «rafidha» (terme péjoratif utilisé par les sunnites pour désigner les chiites) à un tel projet.
«Avons-nous oublié que les rafidha insultent Abou Bakr et Omar (les compagnons du prophète Mahomet) et Aïcha (la femme préférée du prophète) ? Avons-nous oublié que les rafidha sont en train d’exterminer les sunnites en Irak ? «Comment ose-t-on nous dire ensuite: unissons nos fatwas avec eux ?!», s’est indigné un lecteur.
«Cela revient à réunir le jour et la nuit», a répondu un autre.
HT
Article de référence: http://www.alriyadh.com/2008/09/25/article376445.html
Ni Ben Laden, ni Bush: ou la recette saoudienne pour l’Afghanistan
Par Habib TRABELSI
L’Afghanistan ne connaîtra la paix qu’avec le départ des forces étrangères, américaines en tête, et l’éradication d’Al-Qaïda de ce pays, estime mardi (30 septembre 2008) le quotidien saoudien Al-Watan dans une première confirmation indirecte de la médiation de Ryad entre les taliban et Kaboul, révélée par le journal britannique The Observer.
«Le problème en Afghanistan réside dans la présence américaine et occidentale. Il est temps pour les Afghans de se réconcilier et de vivre en paix. Eloignez-vous. Laissez les Afghans régler leurs problèmes tous seuls», écrit Jamal Khashoggi, le rédacteur en chef du journal.«Le temps est venu d’essayer la recette saoudienne. Les efforts (de médiation) sincères de l’Arabie saoudite pourraient aboutir», poursuit l’ex-conseiller de l’ancien ambassadeur saoudien à Washington et patron des services de renseignements saoudiens de 1974 jusqu’au 9 septembre 2001, le prince Turki Al-Faycal.
Américains dehors …
«La solution américaine a toujours été militaire (…). Les Américains considèrent les talibans comme un bloc monolithique. Or, les talibans sont des oulémas et des combattants qui rejettent la présence étrangère. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas contents de l’extrémisme du mollah Omar (leur chef de file) qui a entrainé l’Afghanistan dans les désastres par son alliance avec Oussama ben Laden», ajoute Khashoggi.
Adieu Al-Qaïda !
«Si des talibans se réconcilient avec leurs frères à Kaboul, Al-Qaïda se retrouvera seule et sans couverture. C’est Al-Qaïda qui doit être visée par la guerre contre le terrorisme. Les taliban pourront aider le monde à se débarrasser d’Al-Qaïda», conclut le journaliste qui avait pourtant milité en faveur de la cause défendue par le chef de la nébuleuse terroriste.
L’évocation, pour la première fois à Ryad, des efforts de médiation saoudienne coïncide avec la visite dans le royaume d’une délégation officielle afghane, conduite par le mufti et président du Conseil consultatif des oulémas afghan, cheikh Al-Hafiz Fadhel Al-Hadi Shinwari, qui a été reçue lundi par le roi Abdallah en présence notamment du chef des services de renseignement saoudiens, Muqrin ben Abdel Aziz.
Les taliban ont démenti le même jour l'existence de négociations secrètes, sponsorisées par Ryad, avec les autorités de Kaboul qui ont également démentis de telles tractations.
Le Mollah Omar revient à la charge
Pour sa part, le mollah Omar a de nouveau menacé «les forces étrangères d’occupation du même qu’ont connu les troupes soviétiques», chassées du pays à la fin des années 1980.
«L’Amérique est en train d’essuyer d’énormes pertes en hommes et en matériel (…). Au début, vous avez misé sur la force de votre technologie. Chaque jour, l’Amérique accueille des cercueils de ses soldats», écrit notamment le mollah Omar dans un message à la nation musulmane qui célèbre la fête d’Al-Fitr clôturant Ramadan, le mois de jeûne musulman.
«Désormais, vous devez réviser votre décision d’avoir occupé notre pays. Vous devez chercher une porte de sortie en retirant vos troupes», ajoute le chef des taliban dans ce message mis en ligne sur des sites internet islamistes.
Karzai: j’ai sollicité une médiation de Ryad …
Quelques heures plus tard, le président afghan Hamid Karzai a affirmé depuis Kaboul, où il prononçait son traditionnel message de l'Aïd el-Fitr, avoir effectivement demandé au roi Abdallah de servir de médiateur en tant que "dirigeant du monde islamique" pour faciliter des pourparlers de paix avec les talibans. Il a toutefois assuré qu’aucune négociation n'avait encore eu lieu.
et tendu la main au mollah Omar
Hamid Karzai a en même temps affirmé avoir déjà appelé le mollah Omar à "revenir sur notre sol et à travailler au bonheur du peuple".
M. Karzai a affirmé qu'il assurerait la protection du mollah Omar et de tous les autres taliban qui voudraient faire la paix.
«L’Occident ne peut qu’applaudir»
«Les discussions parrainées par Ryad ont probablement été commandités par Washington après les pertes subies par les forces étrangères, notamment l’armée américaine» qui a connu son année la plus meurtrière depuis 2001, estime un journaliste arabe accrédité à Islamabad.
«D’ailleurs, plusieurs capitales européennes ne peuvent qu’applaudir à une telle médiation», a ajouté ce journaliste, également spécialiste d’Al-Qaïda et du mouvement taliban.
The Observer avait précisé que des la Grande Bretagne avait fourni le soutien logistique et diplomatique pour les discussions, en dépit de déclarations officielles selon lesquelles il ne saurait y avoir de négociation tant que les Taliban n'auraient pas renoncé à la violence.
Pour sa part, le Premier ministre français, M. François Fillon, avait explicitement fait état, lors de la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale, le 22 septembre, d’une telle médiation.
«L’adversaire ne constitue pas un bloc unifié. Il nous faut explorer la manière de séparer les jihadistes internationalistes de ceux qui inscrivent davantage leur action dans des logiques nationales ou tribales. Des efforts en ce sens sont menés par des pays sunnites comme l’Arabie Saoudite», avait alors déclaré M. Fillon.
«Nous devons nous appuyer sur les structures traditionnelles et réintégrer ceux des insurgés, notamment pachtounes, qui n’ont pris les armes que parce qu’ils se sont sentis exclus de l’effort de reconstruction», avait ajouté le Premier ministre Français.
L’Arabie saoudite, qui avait été l’un des rares pays à avoir reconnu le gouvernement des taliban en Afghanistan dans les années 1990, figure parmi les plus grands pourvoyeurs d’aide à la reconstruction de l’Afghanistan.
Récemment encore, Ryad a contribué au programme alimentaire en Afghanistan, sous l’égide du Programme mondial de l’alimentation(PAM) et consenti un prêt de plus de 30 millions de dollars, dans le cadre de la conférence mondiale de reconstruction de l’Afghanistan qui s’était déroulée en juin dernier à Paris.
HT/
28.9.08
Après l’appel au meurtre, l’appel à la vertu
Plus jamais de fashion show/strip-tease, plus jamais de grivoiseries ou de chansons polissonnes à la télévision, jure une ONG de femmes saoudiennes qui affirment défendre la vertu, deux semaines après un appel voilé au meurtre lancé par une figure de proue du clergé religieux officiel contre les patrons de chaînes de télévisions satellitaires prônant la dépravation.
Pas de strip-tease à la télé
«A partir d’aujourd’hui, nous ne tolérerons plus la diffusion de spots publicitaires évocateurs de l’exploitation sexuelle de la femme (…), de programmes de mode vestimentaire présentant des collections dignes de strip-tease», promettent les quinze cosignataires du «premier message» de cette ONG, «en instance de création».
«A partir d’aujourd’hui, nous ne permettrons plus la diffusion de clips vidéos musicaux exhibant des décolletés et présentant des positions suggestives. Nous n’accepterons plus les présentateurs et présentatrices qui échangent des propos sexuellement piégés», décrètent les quinze cosignataires du «premier message» de cette ONG, encore «en instance de création».
Le comité fondateur de l’«Association de l’appel à la vertu dans les medias», regroupe des journalistes, des universitaires, des médecins et des responsables d’associations socioprofessionnelles. Mais l’Association est ouverte à quiconque dans le monde arabe, à condition qu’il soit «âgé de 18 ans ou plus et dispose d’une adresse électronique».
«Cette proposition historique vise à mettre fin à la grande polémique sur les chaînes satellitaires, à oublier le passé et à ouvrir une nouvelle page», précise l’Association sur son site internet http://fadhila.org/ , sans toutefois faire de référence explicite au tollé suscité dans le royaume et dans le reste du monde par la fatwa de cheikh Saleh Al-Lahidane, président du Haut Conseil de la justice et membre du Conseil supérieur des oulémas, respectivement la plus haute autorité judiciaire et la plus haute instance religieuse du royaume.
Celui-ci avait émis, le 12 septembre et en pleine période de Ramadan, une fatwa (décret religieux exécutoire) appelant au meurtre, sous conditions, des propriétaires de chaînes de télévision qui propagent la dépravation et la luxure et/ou suscitent la sédition.
La fatwa a provoqué une levée de boucliers (y compris au sein de milieux religieux proches du régime qui y puise sa légitimité) dans le royaume où la plupart des chaînes incriminées appartiennent à des hommes d'affaires issus et/ou proches de la famille régnante saoudienne et y ont pignon sur rue.
Précautions d’usage
Mais l’Association prend méticuleusement soin de préciser que «les chaînes concernées seront les télévisions satellitaires commerciales privées, gratuites et non cryptées».«Les chaînes étatiques et les chaînes privées et cryptées ne seront pas concernées» par cette mise en garde, ajoute le groupe d’activistes.
Les principales chaînes visées par l’homme lige du régime sont la Middle East Broadcasting Centre (MBC) de Walid Ibrahim, proche de la famille régnante saoudienne, du groupe Rotana, appartenant au milliardaire al-Walid ben Talal qui contrôle aussi la chaîne LBC (Lebanese Broadcasting Corporation) et du bouquet ART, de l'homme d'affaires saoudien Saleh al-Kamel.
Défendre la vertu mais aussi promouvoir la liberté d’expression
L’Association «sera basée en Arabie saoudite (…) mais cherchera à se faire enregistrer dans plus d’un pays arabe, pour bénéficier des diverses législations en vigueur (…), notamment à Dubaï Media City», ajoutent les co-fondatrices, dont Arwa Al-Amrou, Asmaa Al-Hussein et Hassa Al-Khalaf, les trois premières par ordre alphabétique.
Ces activistes ne brandissent toutefois aucune forme de menace explicite contre les éventuels contrevenants.
Elles soulignent que «parmi les moyens (de contrôle), figure le suivi quotidien et minutieux des programmes des chaînes les plus répandues (…), l’envoi de demandes ponctuelles et précises aux propriétaires de ces chaînes (…), l’encouragement par tous les moyens de celles qui coopèrent et la poursuite en justice contre les contrevenants».
«Nous continuons toutefois à défendre avec force la liberté de l’information», prennent soin de dire les quinze intellectuelles, en guise de conclusion.
HT /
26.9.08
Un prédicateur saoudien crée le Niqab «borgne»
S’exprimant sur la télévision satellitaire islamique saoudienne Al-Majd, le dignitaire religieux a trouvé que «le niqab en vente actuellement sur le marché ne mérite pas d’être porté parce qu’il montre les yeux et les pommettes».
«Le niqab conforme à la charia (…) ne doit laisser apparaître qu’un œil… Je le recommande aux sœurs» dans l’islam, a ajouté le disciple de cheikh Abdel Aziz ben Baaz, l’ancien Grand mufti du royaume saoudien.
Le prédicateur a par ailleurs averti la femme de ne pas aller au marché non accompagnée d’un tuteur masculin, «pour éviter de susciter les tentations» et de ne pas y aller «les yeux maquillées (…), ce qui pourrait séduire des jeunes célibataires et attiser un désir qu’ils ne peuvent pas assouvir».
Ces propos, qui ont été rapportés vendredi par la télévision satellitaire Al-Arabiya, ont provoqué des centaines de réactions sur le site de la chaine à capitaux saoudiens. http://www.alarabiya.net/articles/2008/09/26/57266.html
«Que pensez-vous d’un demi-œil ?», ironise «un Emirati» en s’étonnant que «l’obscurantisme est atteint ce degré» en Arabie saoudite.
«Et pourquoi pas nous crever carrément les yeux pour avoir la paix», renchérit «une Egyptienne».
Celle qui se fait appeler Sallouma pousse l’ironie plus loin: «Quel œil faudrait-il cacher ? L’œil droit ou l’œil gauche ?».
HT
25.9.08
C’est la fête nationale … Tout est permis
Mixité fortuite, musique tonitruante, danse débridée et drague furtive … des milliers de jeunes saoudiens et saoudiennes se sont défoulés mercredi sur des places publiques et dans des centres commerciaux dans plusieurs villes du royaume ultraconservateur, sous le nez des redoutables «Moutawas», fête nationale oblige !
Moutawas désemparés, policiers désinvoltes
Plusieurs vidéos mises en ligne jeudi montrent des marées de jeunes des deux sexes, surexités. Les filles en majorité en abaya mais le visage bien découvert.
Hurlant, chantant et dansant côte à côte sur les places publiques ou transformant des centres commerciaux en «dancings» géants, ils ont nargué pendant de longues heures les membres de la police religieuse, pourtant censée veiller sur les bonnes mœurs et faire appliquer la charia dans le royaume wahhabite.
Le tout, au vu et au de policiers inhabituellement imperturbables.
De mémoire de Saoudiens, la date de l’unification du pays le 10 septembre 1932 n’a jamais été célébrée dans la rue avec une telle pompe et encore moins, d’une manière aussi ostentatoire.
Un carnaval tumultueux
Les bandes de jeunes, gaiement déchainés, brandissant le drapeau national, transformé tour à tour en pagne, écharpe ou cagoule, ont fait fi des tous les interdits, au grand dam des Moutawa, complètement débordés.
Dans le passé, des voix s’étaient élevées pour demander de modifier le drapeau national, frappé de la profession de foi musulmane et le seul au monde qui ne peut être mis en berne.
D’autres groupes ont sillonné en voitures frappées des couleurs nationales et décorées de centaines de portraits du roi les principales artères des grandes villes du royaume, zigzaguant, klaxonnant à tue-tête, bloquant les entrées des rues et perturbant la circulation…
Deux sons de cloche !
Pourtant, à la veille de la commémoration de l’avènement du règne de la dynastie des Al-Saoud sur l’ensemble de l’Arabie actuelle, cheikh Salah Fawzan Al-Fawzan, un membre du Comité des grands oulémas, avait rappelé qu’ «il n’était pas permis» de célébrer la fête nationale avec pompe, «et encore moins par rassemblements de rue et déploiement de drapeaux».
«Il n’y a dans l’année (de l'Hégire) que deux fêtes: l’Aïd el-Fitr (fin de Ramadan, le mois de jeûne musulman) et l’Aïd al-Adha» (fête du Sacrifice), a rappelé le membre de cette plus haute instance religieuse du royaume où même la commémoration de la naissance du prophète Mahomet est considérée comme une fête étrangère à l’islam.
Mais, le roi Abdallah, représenté mercredi au carnaval par des centaines de portraits géants, avait décrété la fête nationale jour férié ... pour la troisième fois depuis son arrivée au pouvoir en août 2005.
«Auparavant, la fête nationale passait presque inaperçue, à l’exclusion de quelques couvertures par des journaux que personne ne lisait», souligne sur le site http://www.alssiyasi.com/) Bandar Sulaiman, un fin connaisseur des affaires saoudiennes.
«Le roi a même accordé le pont, puisque cette fois la fête nationale précédait de peu l’Aïd el-Fitr, et a autorisé sa célébration ouvertement et sans intervention des hommes de la Commission» pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, qui chapeaute la police religieuse.
Une ombre au tableau
Une seule ombre semble avoir troublé la fête: le quotidien Al-Hayat a rapporté mercredi que «la Commission avait interdit la veille au Comité féminin du Club culturel de Haël (sud-ouest) d’organiser une cérémonie de distribution de cadeaux à des enfants et qui devait se tenir dans un centre commercial, à l’occasion de la fête nationale. La Commission n’a présenté aucune justification, selon le journal.
Encore le 11 septembre
Selon Bandar Sulaiman, ce sont encore «les événements du 11 septembre (2001) qui ont fait naître de nouveaux sentiments patriotiques (…) après que le discours panislamique ressassé depuis des décennies eut empêtré les Saoudiens dans de nombreuses complications».
«De nouveaux sentiments se sont cristallisés sur la patrie, au détriment de la grande nation … utopique», estime-t-il.
Que la fête perdure !!!
Le rédacteur en chef du quotidien Al-Watan, Jamal Khashoggi, réputé par ses articles ouvertement critiques à l’égard de l’establishment religieux et qui lui ont valu un limogeage en 2003, est plus dithyrambique.
Sous le titre provocateur, «Que les garçons se réjouissent, que les filles poussent des youyous ! C’est leur grand jour !», l’éditorialiste stigmatise «ceux qui ont souillé le patriotisme (…) par une culture sanctifiée par des discours et des fatwas ressassés ces deux dernières décennies».
« Ils vont rétorquer qu’il est illicite de célébrer la fête nationale par la mixité, la danse et le désordre public (…). Nous devons leur retirer tous les prétextes, en instituant la célébration officielle de la fête et son organisation avec la participation de tous les Saoudiens», conclut ce pourfendeur des Moutawas, sans même les nommer.
HT/
Quelques vidéos:
http://www.youtube.com/watch?v=NF_cClZfqfw
http://www.youtube.com/watch?v=xYHhx1Ns_d8
http://www.youtube.com/watch?v=Mm2ntuSoWfA
http://www.youtube.com/watch?v=ps7sVaFBpQk
http://www.youtube.com/watch?v=aFvu3QHRgC4
http://www.youtube.com/watch?v=Utl9aw7_x0U
24.9.08
Une bévue hospitalière macabre … il enterre la femme d’un autre
Peu après l’inhumation, le Saoudien a été contacté par l’hôpital l’informant que le corps qui lui avait été remis, après avoir subi la toilette mortuaire musulmane, revenait à une Egyptienne.
Selon le rituel musulman, le corps est lavé, parfumé et enveloppé dans un linceul blanc.
L’hôpital lui a en même temps demandé de repasser à la morgue pour récupérer celui de la sienne propre, une Saoudienne.
D’ailleurs, le mari de «l’enterrée», un Egyptien travaillant dans le royaume, était au même moment en train de remplir les dernières formalités pour le rapatriement du corps de la défunte.
Il a été frappé de stupeur en apprenant que son épouse reposait déjà … sous terre, ajoute le journal.
Al-Watan affirme avoir tenté vainement durant deux jours d’interroger le département des Affaires sanitaires dans Al-Qassim sur les circonstances de cette bévue, inédite dans le royaume.
Depuis plusieurs mois, la presse locale fait état quasi-quotidiennement d’erreurs enregistrées dans des hôpitaux publics ou privés, dues en général à la négligence. Le ministre de la Santé en personne avait été la cible de plusieurs critiques et un membre du conseil consultatif l’avait même sommé de démissionner .
HT
Ruée sur le bois de santal à la veille de l’Aïd el-Fitr
Citant des parfumeurs dans la région de Dammam (Est), le journal précise que la demande sur les parfums orientaux, notamment le bois de santal, a été multipliée par quatre durant Ramadan , provoquant une envolée des prix.
Ainsi, une mesure de 11,62 grammes de «dehn el-oud», une essence extraite du même bois, se négocie entre 350 et 10.000 riyals (environ 100 et 2.667 dollars), en fonction de la qualité du bois.
Le «oud» naît de la contamination du tronc par une bactérie. Il faut cependant 300 ans pour que cette essence se forme dans les endroits contaminés. L’Inde, la Malaisie et l’Indonésie figurent parmi les principaux pourvoyeurs en «oud» des Arabes du Golfe, consommateurs ancestraux de parfums d’Orient.
Ce précieux parfum est en général conservé dans un coffre, au même titre que les bijoux et les documents officiels importants.
L’encens est brûlé lors des réceptions officielles et dans les cours des émirs. En bonne musulmane, une épouse doit se parfumer copieusement pour son mari.
Selon la Tradition musulmane, le prophète Mahomet, qui considérait l’hygiène comme partie intégrante de la foi, se parfumait à l’envi.
En 2007, les Saoudiens avaient dépensé près de 700 millions de riyals (environ 186,6 millions de dollars) dans la consommation de bois de santal, sous forme d’encens et/ou en huile essentielle, rien que durant Ramadan.
Selon le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat, qui cite des représentants de grandes sociétés importatrices de parfums orientaux, les pays arabes du Golfe avaient importé en 2007 pour plus de 2,5 milliards de riyals (environ 666,7 millions de dollars) de bois de santal mais aussi d’autres essences consacrées par la tradition islamique, tels que le musc, l’ambre, le jasmin ou la myrrhe. L’Arabie saoudite s’est adjugée 60% du marché.
HT
20.9.08
Les pleins pouvoirs des «Moutawa» rétrécis à Djeddah
Selon la presse, les Moutawa sont interdits d’entrée dans les établissements réservés aux familles sans autorisation de l’émir Khaled. En Arabie saoudite, il y a des restaurants et cafés pour hommes exclusivement et d’autres, comportant deux espaces, dont un réservé aux hommes et femmes mariés ou liés par le sang.
La «khilwa», ou rencontre entre un homme et une femme n'appartenant pas à la même famille immédiate, constitue une infraction à la charia (loi islamique). Elle est passible de peines allant des coups de fouet à l'emprisonnement.
Cité dimanche par la presse locale, le chef de la Commission, Ibrahim Al-Ghaith, a confirmé cette interdiction, en précisant que «s’applique uniquement aux restaurants et ne concerne pas les centres commerciaux».
La limitation des larges pouvoirs de cet organisme de l’Etat appelé «Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», a été décidée récemment par le prince Khaled Al-Faycal ben Abdel Aziz, nommé en mai 2007 à la tête de la région de La Mecque, qui englobe aussi Taëf et Djeddah, la grande métropole portuaire et touristique, bénéficiant d’une ouverture inexistante dans le reste du royaume ultraconservateur.
Le prince Khaled Al-Fayçal, un passionné de la culture qui lui a valu le titre d’«émir de la pensée et de la poésie», avait été la cible de critiques des «hommes d’al-Hesba» qui lui reprochaient son ouverture, du temps où il était gouverneur de la région de Assir, avant sa nomination à la tête de La Mecque.
Accusée en Occident de graves violations des droits de l’Homme et éclaboussée par des affaires de meurtres impliquant certains de ses membres, ou «hommes d’al-Hesba», la police religieuse voit ainsi, pour la première fois, ses pouvoirs limités dans cette ville qui bénéficie d’une ouverture inexistante dans le reste du royaume ultraconservateur, notamment Ryad, la capitale.
Forte de 5.029 éléments, dont 3.557 hommes de terrain, la police religieuse est chargée de veiller à l’application stricte de la Charia (loi islamique), dont l’application de la stricte ségrégation sexuelle, la traque des trafiquants d’alcool et de drogue, de prostituées, de proxénètes, d’homosexuels et de travestis.
La limitation du pouvoir de la police religieuse a été accueillie avec une grande satisfaction dimanche par de nombreux Saoudiens s’exprimant sur la Toile.
«Je salue cette décision. Les hommes d’al-Hesba, qui s’immiscent dans la vie des gens et répriment les libertés, doivent quitter Djeddah et aller vivre dans des grottes», s’exclame Fahd sur le site http://www.elaph.com/
«Nous souhaitons que cette interdiction s’étende à tout le royaume, surtout à Ryad dont les habitants souffrent de la tyrannie de la Commission», lui réplique «un citoyen saoudien libre».
« Jusqu'à quand va durer cette tutelle médiévale ? Vivement la liberté», s’est écriée «Bint Al-Jabal».
HT
Pourquoi l’Arabie ?
D’abord des évidences
Les médias y ont toujours été soumis à une censure extrêmement rigoureuse, doublée d’une forte autocensure.
Toute contestation du pouvoir, qui puise sa légitimité dans l’application stricte de la charia (loi islamique), y est interdite.
Le 11/9: un tournant
Or, les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, dont le commanditaire et les principaux acteurs sont saoudiens, ont provoqué un tournant significatif dans le royaume, marqué par des «ouvertures» forcées. Le gouvernement, bousculé par ces mêmes attentats, a dû céder un peu de terrain à la liberté de la presse.Avant le 11/9, tout était «secret d’Etat». Après le 11/9, la presse saoudienne n’hésite plus à aborder des sujets considérés, naguère encore, comme tabous.
***
Le roi Abdallah donne le coup d’envoi
La marge de liberté s’est élargie surtout après le discours historique du roi Abdallah, le 15 mars 2008, devant les membres du Majles Al-Choura (Conseil consultatif), écrit-on et dit-on à l’envi dans le royaume.
«La liberté réside dans la critique constructive et pondérée …
Un air de liberté …
Il est significatif d’une mutation lente d’une société qui accepte de se regarder dans le miroir de sa presse écrite et électronique, de se découvrir telle quelle … ou presque.
Toutes les carences du système, toutes les tares de la société et toutes les formes d’abus sont étalés au grand jour. Même la puissante et omniprésente police religieuse n’est pas épargnée.
Surfons sur la Toile et voyons de plus près
«Ce degré de critique et de transparence sans précédent étonne jusqu’aux journalistes et écrivains (…). C’est le printemps de la presse saoudienne !», s’extasiait en août 2008 un fin connaisseur des affaires saoudiennes, Bandar Al-Sulaiman, sur un site électronique.
… mais des lignes rouges
«Saudiwave» se propose de SURFER à pleins tubes sur la TOILE.
«Saudiwave» se propose de puiser dans les informations, les analyses et les commentaires qui abondent dans la presse écrite saoudienne, mais aussi dans les messages postés sur les sites Web saoudiens.
La devise majeure de «Saudiwave» demeurera:
Indépendance, Neutralité, Objectivité.
«Saudiwave» veillera à éviter tout ce qui est de nature à porter atteinte à la dignité humaine, d’inciter à la violence, au racisme et à l’antisémitisme, bref tout ce qui est susceptible de contrevenir à la loi.
Habib TRABELSI, alias «HTnews»
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لماذا السعودية ؟
من البديهي
وهي من الدول الأقل شفافية في العالم.
في السعودية تستمد السلطة شرعيتها من تطبيق الشريعة الإسلامية تطبيقا صارما. وكل احتجاج على السلطة يظل ممنوعا منعا باتا.
منعطف 11 سبتمبر 2001
تمثل تفجيرات 11 سبتمبر منعطفا حاسما في المملكة. إذ كان المدبرون والمنفذون الأساسيون لهذه التفجيرات هم سعوديون.
قبل 11 سبتمبر، كان كل شيء يعتبر "سر من أسرار الدولة"، لكن بعد ذلك التاريخ لم تعد الصحافة السعودية تتردد للتطرق إلى مواضيع كانت حتى الأمس القريب من "المحرمات".
الملك عبد الله يعطي إشارة الانطلاق
لقد اتسع هامش الحرية خاصة بعد خطاب الملك عبد الله التاريخي، يوم 15 مارس 2008، أمام أعضاء مجلس الشورى، كما قيل وكُتب في كل مكان في المملكة.
"الحرية تكون في التفكير والنقد الهادف المتزن ... الحرية المسؤولة حق لكل النفوس الطاهرة المحبة لمكتسبات هذا الوطن"، كما أكّد الملك السعودي آنذاك.
جو من الحرية...
لا شك في أن ريحا من الشفافية، نسبية إجمالا، بدأت تهبّ على المملكة المحافظة جدا.
إنها تدل على تغيّر بطيء لمجتمع أصبح يقبل أن ينظر إلى نفسه في مرآة صحافته المكتوبة والإلكترونية، ويكتشف نفسه على حقيقتها... أو تقريبا كما هي ...
بادرت الصحافة إلى كشف كل خلل في النظام، وتطرقت لعيوب المجتمع، ولكل مظاهر سوء التصرف. وتحدثت عن سلوك الشرطة الدينية ذات النفوذ الكبير والمنتشرة في كل مناطق المملكة.
لنتجول على شبكة الانترنت لنقترب أكثر من الواقع السعودي
كتب بندر السليمان، وهو من المهتمين بالشؤون السعودية، في شهر أغسطس-آب 2008، في أحد المواقع الالكترونية: "هذا المستوى من النقد والشفافية غير مسبوق لدرجة أنه يدهش حتى الصحفيين والكتاب أنفسهم (...) الصحافة السعودية تعيش بحق هذه الأيام ربيعها"."
... لكن هناك بعض الخطوط الحمراء
ينبغي أن لا يتعدى الصحفيون بعض "الخطوط الحمراء" التي تفرضها السلطة والأوساط الدينية المحافظة جدا والمسيطرة في البلاد ... وهو تمرين محفوف بالمخاطر!
أجاب "أحمد"، قارئ لم يتجرّأ في التعريف عن نفسه: "هذه الحرية المتزنة هدفها هو امتصاص غضب الشارع في السعودية لأنه يغلي داخليا من الفقر، وهو الذي يعيش فوق بحر من الذهب الأسود ... في الحقيقة كل سعودي يعرف أن الوزراء ما هم إلا شماعة لتحمل أعباء أخطاء أبناء الأسرة المالكة".
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"saudiwave" موقع
يعتزم تفحص مواقع الصحافة الالكترونية والمدونات والصحافة المكتوبة للحصول على الخبر والتقاط الرأي ورصد التعليقات المصاحبة.
ويأمل الموقع المساهمة في إثراء معلومات القارئ حول كل ما يدور في الساحة السعودية والخليجية أحيانا.
الخط التحريري للموقع سينتهج حتما مبدأ الحياد والموضوعية والاستقلالية.
المشرف على الموقع: حبيب طرابلسي
19.9.08
En Arabie, "les dinosaures s'en prennent aux souris"

Par Habib TRABELSI
«Après avoir dirigé leurs fatwas contre les hommes, voilà que les dinosaures du salafisme s’en prennent aux souris», s’indigne Raad, en réaction au décret religieux émis par un éminent théologien saoudien contre … Mickey Mouse et les souris qui ont inspiré Walt Disney.
Des dizaines d’autres internautes ne lésinent pas sur les métaphores pour vouer aux gémonies le dignitaire religieux, cheikh Mohamed Munajid, pour avoir décrété que Mickey Mouse et ses congénères sont «des soldats de Satan», «des créatures corruptrices et repoussantes, selon la charia islamique», sont «gouvernées par le diable» et doivent être tuées.
Cet appel au meurtre, «dernier cri» du florilège des fatwas ramadanesques, intervient moins d’une semaine après un appel similaire mais déguisé, lancé le 12 septembre par un pilier du régime et une figure de proue du clergé religieux officiel contre les patrons de télévisions qui propagent la luxure et la dépravation.
L’appel de cheikh Saleh Al-Lahidane, président du Haut Conseil de la justice et membre du Conseil supérieur des oulémas, respectivement la plus haute autorité judiciaire et la plus haute instance religieuse du royaume, continuait samedi de susciter la polémique et divers commentaires.
Bien qu’il n’ait visé qu’un personnage de dessin animé et des rongeurs somme toute répugnants, l’appel de cheikh Munajid, un ancien diplomate saoudien à Washington, a déjà provoqué une avalanche de commentaires indignés contre «les cheikh de l’extrémisme», «les entrepreneurs du terrorisme», «les hommes de la Caverne», «les dinosaures du salafisme».
«De nos jours, il n’y a de soldats d’Iblis (Satan) que ces cheikhs qui nous bombardent de fatwas anarchiques et stupides, comment peut-on qualifier d’oulémas ces obscurantistes, ces apôtres du meurtre et du terrorisme ?», écrit l’un des internautes, évidemment sous un pseudonyme.
«Cette vague de fatwas dinosauriennes qui font rire jusqu’aux ânes est le signe de l’éclipse imminente du salafisme réactionnaire. Alors que d’autres font des expériences en Suisse pour recréer les conditions du début du monde et en savoir plus sur la création de l’univers, nous sommes occupés à mobiliser le monde contre les souris. Quelle honte ! », conclut un autre.
HT
Coran par cœur, peine réduite
Cinq cent quinze détenus de droit commun en Arabie saoudite ont vu cette année leurs peines réduites de moitié, après avoir appris par cœur le Coran, le Livre sacré des musulmans, rapporte vendredi (19 sept)le quotidien Al-Hayat.
Citant le directeur de l’Association d’apprentissage du Coran à La Mecque, Mohamed Mekki Hidayat Allah, le journal précise que «515 hôtes ont bénéficié cette année de la décision du Serviteur des deux saintes Mosquées (ndlr: actuellement, le roi Abdallah ben Abdel Aziz) de réduire de moitié la peine de tout prisonnier qui apprend par cœur le Coran».
M. Hidayat Allah a ajouté que «191 hôtes, parmi 805 autres détenus ayant appris des chapitres du Coran, ont également bénéficié» de cette mesure qui avait été instaurée en 1988, sous le règne du roi Fahd qui s’était attribué, en 1986, le titre de «Serviteur des deux saintes Mosquées».
Le coran se compose de 114 chapitres, des «sourates» divisées en versets (trois pour la plus courte, 286 pour la plus longue).
«Nous recevons des criminels. Nous en faisons des prédicateurs», proclamait récemment le directeur d’un pénitencier, en énumérant «les moyens mis par la direction à la disposition des +invités+ pour les remettre sur le droit chemin». Il évoque notamment «les conférences religieuses données par des théologiens zélés et les sermons distillés à longueur de journée par la télévision ou la radio».
Le souverain saoudien accorde aussi sa grâce à des détenus de droit commun, à l’occasion des fêtes religieuses, notamment durant Ramadan, le mois de jeûne musulman.
Début septembre, le roi Abdallah avait ordonné la libération d’«un nombre» de prisonniers, à l’occasion de Ramadan, avait annoncé l’agence officielle SPA.
Plusieurs journaux saoudiens avaient ensuite précisé que «près de 15.000 détenus» devraient bénéficier de cette «amnistie décrétée pour la première fois d’un seul coup en faveur d’un aussi grand nombre de détenus» dans le royaume.
Mais, cette grâce ne s’applique pas aux «grands criminels», avait précisé la presse.
En Arabie saoudite, pays qui applique scrupuleusement la charia (loi islamique), les personnes coupables notamment de meurtre, de viol, de vol à main armée ou de trafic de drogue, sont décapitées au sabre sur la place publique.
HT
17.9.08
Un guérisseur saoudien extirpe le djinn par son membre viril
Un Saoudien, guérisseur présumé par le Coran, est accusé d’avoir abusé de nombreuses patientes «habitées par le Malin». Pour chasser le Malin, il leur lisait des versets coraniques en les culbutant, a rapporté vendredi le quotidien saoudien Al-jazira.
L’exorciste, qui jetait son dévolu sur les plus belles de ses patientes, a été arrêté récemment par des membres de la «Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», la police religieuse chargée de veiller à l’application de la charia (loi islamique). Il doit être jugé prochainement par un tribunal religieux à Ryad.
L’homme avait pourtant été interdit, il y a huit ans, de pratiquer la guérison par le Coran sans l’accord des «parties compétentes», selon Al-Jazira.
«Comment le Coran, le viol et le djinn peuvent-il être réunis ?», ironise samedi un éditorialiste du quotidien Okaz.
«Mais surtout, comment ce charlatan, le vrai djinn, avait-il pu abuser de ses patientes, au nom du Coran, pendant huit ans, à l’insu de la loi ?», s’interroge l’éditorialiste, Khaled Hamad Al-Suleiman.
La guérison par le Coran, ou «Rokia», est notamment devenue un marché juteux pour des charlatans qui abusent de la détresse des malades, en particulier dans les riches pays arabes du Golfe.
Las de voir leur religion taxée d'obscurantisme, des dizaines d'oulémas, médecins et exorcistes musulmans avaient tenu en avril 2007 à Abou Dhabi un forum inédit pour "prouver que le Coran ne s'oppose pas à la raison et respecte la science et la technologie".
HT
16 août 2008
Article (al-Jazirah):
http://www.al-jazirah.com/167083/lp2d.htm
L’Arabie saoudite mise à mal par une 'fatwa' malheureuse
L’Arabie saoudite, une monarchie ultraconservatrice mais depuis peu engagée sur la voie d’un dialogue interreligieux dont elle est le principal promoteur, vient d’être mise à mal par une fatwa promulguée par l’un des piliers du régime et une figure de proue du clergé religieux officiel.
Une fatwa qui sonne comme un appel officiel au meurtre
La fatwa (décret religieux exécutoire) appelle au meurtre, sous conditions, des propriétaires de chaînes de télévision qui propagent la dépravation et la luxure et/ou suscitent la sédition entre les musulmans.
L’auteur de la fatwa a en effet posé des garde-fous non négligeables: le propriétaire de la chaîne incriminée «pourrait être tué s’il n’a pas été possible de l’en empêcher» par la persuasion ou «par de simples sanctions», et en définitive, «c’est à la justice de se prononcer en appliquant les lois en vigueur dans le royaume».
Une fatwa émise par un pilier du régime
La fatwa est d’autant plus grave qu’elle est émise par cheikh Saleh Al-Lahidane, président du Haut Conseil de la justice et membre du Conseil supérieur des oulémas, respectivement la plus haute autorité judiciaire et la plus haute instance religieuse du royaume.
L’Arabie saoudite est guidée par le wahhabisme, une doctrine rigoriste de l'islam, qui applique strictement la charia (loi islamique) dans laquelle le régime puise sa légitimité.
C’est pourquoi la fatwa a provoqué une levée de boucliers contre le haut dignitaire religieux, en particulier en Arabie saoudite.
«Un cadeau offert aux terroristes sur un plateau en or»
La plus forte critique de la part du courant salafite est venue de cheikh Abdel Mohsen Al-Oubikane, membre du Conseil consultatif et conseiller au ministère de la Justice. Il a estimé que la fatwa était «un cadeau offert aux terroristes sur un plateau en or pour tuer des gens et faire exploser des stations de télévision».
«Elle aura d’énormes répercussions négatives sur l’Etat et sur la réputation de la justice saoudienne. Les ennemis du royaume et de l’islam vont faire l’amalgame entre islam et terrorisme», a averti le dignitaire religieux.
«Ceci est d’autant plus grave que (la fatwa) émanait du président du Haut Conseil de la justice», a ajouté cheikh Oubikane qui a pressé ses collègues de «réagir d’urgence pour que celle-ci ne soit pas comprise comme reflétant l’opinion et la politique des oulémas du royaume ou des milieux officiels saoudiens».
Courant salafite: des voix discordantes
Depuis l’émission de la fatwa, le 12 septembre, le grand mufti, cheikh Abdelaziz Abdallah Al Cheikh, a simplement demandé qu’on lui laisse «le temps d’y voir plus clair».
Quelques jours auparavant, il avait lui-même émis une fatwa affirmant que toute chaîne de télévision qui diffuse des feuilletons «subversifs et immoraux» est «une ennemie de Dieu et de son prophète», après le ras de marée provoqué dans le monde arabe par le feuilleton turc «Nour», devenu un véritable phénomène de société.
Le célèbre prédicateur, cheikh Ayedh Al-Qorni, considéré comme des plus modérés et qui s’est plusieurs fois félicité de l’initiative du roi Abdallah en faveur du dialogue des religions, a condamné sans ambiguïté la fatwa de cheikh Lahidane.
«La fatwa d’un ouléma n’est pas l’avis d’un prophète», a déclaré cheikh Qorni le 14 septembre sur la Middle East Broadcasting Centre (MBC), en précisant que «de nombreux oulémas, y compris cheikh Salah Fawza Al-Fawzan, rejettent la fatwa» de cheikh Lahidane.
La veille, cheikh Fawzan, membre du Comité des grands oulémas, s’en prenait aux chaînes de télévision qui diffusent des programmes d’astrologie, relevant, selon lui, de la magie. Et «les magiciens sont passibles de la décapitation au sabre».
Lahidane adulé, sa fatwa bénie
De nombreux autres membres du clergé ont observé le silence jusqu'au 17 septembre. Le seul à avoir pris la défense de cheikh Lahidane a été le prédicateur et maître de conférence à l’Académie du roi Fahd pour la sécurité, cheikh Mohamed Al-Najimi, en déclarant promptement et ouvertement que «la fatwa est claire».
«Le vénérable cheikh a expliqué une question d’ordre judiciaire et juridique. Il tiendrait ces mêmes propos dans un tribunal», a-t-il déclaré à la presse le 13 septembre.
«Il y a des chaînes de télévision de dépravation, de débauche et d’immoralité», a ajouté cheikh Najimi dans une référence implicite aux chaînes satellitaire appartenant à des hommes d'affaires saoudiens.
Il s'agit notamment de la Middle East Broadcasting Centre (MBC) de Walid Ibrahim, proche de la famille régnante saoudienne, du groupe Rotana, appartenant au milliardaire al-Walid ben Talal qui contrôle aussi la chaîne LBC (Lebanese Broadcasting Corporation) et du bouquet ART, de l'homme d'affaires saoudien Saleh al-Kamel.
Cheikh Najimi a en même temps donné le coup d’envoi à une contre-attaque, via les sites internet de la presse écrite et électronique, menée par des centaines de partisans de cheikh Lahidane.
«Ceux qui ont cherché à faire croire que la fatwa incite au terrorisme et à la violation des droits de l’Homme, ne cherchent pas autre chose que la sédition», écrivait ainsi Sulaiman ben Ahmed ben Abdelaziz Al-Douich, qui se présente comme «un partisan du vénérable ouléma».
«Ceux-là méritent les pires des châtiments prévus par la charia, en vigueur dans le royaume», ajoute Douich en stigmatisant «les mulets du libéralisme qui cherchent à ternir la renommée de cheikh Lahidane, à demander son limogeage et son jugement. Tout cela parce que ce dignitaire a déjoué leurs plans criminels», ajoutait Douich dans un long article dithyrambique.
Appel d’un libéral à « museler le courant islamique extrémiste»
Douich visait surtout le courant libéral auquel Ladidane a offert une occasion en or pour en découdre avec le courant salafite, son ennemi traditionnel.
L’un de ses représentants, l’écrivain et journaliste Turki al-Hamad, a vivement dénoncé cet «appel explicite au meurtre» et réclamé que Lahidane soit «jugé et non simplement démis de ses fonctions (…) pour avoir sapé tous les efforts déployés par l’Arabie saoudite pour la coexistence avec l’Autre et pour avoir terni la réputation du royaume à l’étranger».
«Quiconque incite au meurtre est lui-même un assassin», a ajouté Hamad en appelant à «museler le courant islamiste extrémiste »
«L’affaire est extrêmement grave», a pour sa part estimé le journaliste Salama Al-Zeid, en relevant que «les media étrangers en ont profité pour jeter de l’huile sur le feu».
Un proche d’Al-Qaida indigné
L’indignation suscitée par la fatwa en particulier dans des media occidentaux n’a pas laissé indifférent l’islamiste Koweïtien, cheikh Hamed Al-Aali.
«La fatwa est tout à fait conforme à la charia islamique», écrit sur son site internet l’islamiste notoire qui s’offusque du «tollé médiatique suscité par le courant libéral (saoudien) soutenu par l’Occident qui cherche à nuire à l’islam (…) par le biais d’institutions culturelles, médiatiques et de nombreux centres de recherches dans le monde musulman», écrit cet idéologue islamiste.
«Le plus étrange, c’est que ces occidentalisés applaudissent les crimes perpétrés par l’Amérique dans le monde musulman, au nom de la soi-disant lutte contre le terrorisme», conclut cheikh Aali, dont les prises de position n’ont rien à envier aux ténors d’Al-Qaida.
Bien qu’Al-Qaïda puise son inspiration religieuse dans le wahhabisme originel, la mouvance jihadiste considère l’establishment religieux officiel saoudien actuel, qu’il accuse d’inféodation aux Etats-Unis, comme son pire ennemi. Al-Qaida avait d’ailleurs depuis bien longtemps jeté l’anathème sur cheikh Lahidane et sur les oulémas qui prêtent allégeance aux Al-Saoud.
La fatwa, une aubaine pour Saad al-Faqih, l’opposant en exil
S’exprimant le 15 septembre sur la chaîne de télévision privée Al-Hiwar, basée à Londres, Saad al-Faqih, le chef du Mouvement islamique pour la réforme en Arabie (Mira, opposition en exil à Londres), s’est livré à de sempiternelles spéculations sur l’avenir du régime, son pire ennemi.
Il a affirmé, des noms à l’appui, que «de hauts dirigeants et des membres très importants de la famille royale saoudienne possèdent des parts dans ces chaînes qui bénéficient du soutien financier, logistique et politique de l’Etat».
«Ces chaînes, et d’autres télévisions satellitaires libanaises, ont pignon sur rue dans le royaume où elles emploient des Saoudiens des deux sexes et ont toutes les facilités, notamment publicitaires (…). Elles sont traitées au même titre que les media officiels», a-t-il dit.
«Comment la seule personnalité dotée d’une autorité réelle en dehors de la famille royale peut-elle laisser entendre publiquement que des membres influents de cette même famille soutiennent l’immoralité et le libertinage ?», s’est-il interrogé.
«Il s’agit là d’un véritable paradoxe», a relevé Faqih. «Ceci est d’autant plus incompréhensible que cheikh Lahidane a été, de longue date, très dévoué au régime saoudien. A la veille de la guerre du Golfe en 1991, il avait émis, au nom du Haut Conseil de la justice, une fatwa autorisant le déploiement des troupes américaines dans le royaume. Le Grand mufti, à l’époque cheikh Abdel Aziz ben Baz, a dû lui emboîter le pas… 24 heures plus tard», a-t-il rappelé.
Faqih: L’Etat saoudien est dans le pétrin
«L’Etat saoudien est dans l’embarras. La fatwa l’a placé devant un dilemme: écarter l’ouléma doté d’une crédibilité auprès des courants islamiques encore fidèles au régime et qui lui confèrent une légitimé, ou bien passer aux yeux de l’Occident pour un régime dont la plus haute autorité judiciaire appelle à la violence et au terrorisme: deux choix amers», a-t- il souligné.
«L’occident comprend qu’il y a un appel officiel au meurtre et ne s’embarrasse pas de savoir s’il s’agit de tuer par le biais de la justice », a ironisé l’opposant saoudien.
«Le glas sonnera pour le mariage entre l’Etat et la religion»
L’analyste politique égyptien Salim Azouz a estimé en revanche que «le régime saoudien ne sera pas embarrassé par la fatwa de cheikh Lahidane».
«Depuis le 11 septembre 2001, zawaj al-moutaa (ou mariage temporaire) entre la religion et l’Etat est en train de s’étioler. Le roi Abdallah cherche à présenter l’Arabie saoudite comme un pays ouvert», a déclaré l’analyste sur Al-Hiwar.
Il faisait allusion notamment à l’organisation en juillet dernier à Madrid, à l’initiative du souverain saoudien, d’une conférence sur le dialogue entre religions qui avait notamment appelé a «un accord international pour combattre les causes profondes du terrorisme».
«Je pense même que n’eut été la présence des deux Haramaïn (ndlr: la Grande Mosquée à La Mecque et la Mosquée du prophète Mahomet à Médine), l’Arabie saoudite aurait déjà hâté sa normalisation avec Israël … mais il y a un minimum de pudeur qui se dissipera avec le temps», a ajouté Azouz qui s’exprimait depuis Le Caire.
HT
RSF se prononce. Lire :
Arabic (http://www.rsf.org/article.php3?id_article=28561) /
English (http://www.rsf.org/article.php3?id_article=28560)/
Français (http://www.rsf.org/article.php3?id_article=28559)
Tombola ramadanesque : accouche et gagne … un deuxième bébé
Une Saoudienne a donné naissance par césarienne à un bébé dans un hôpital privé à Ryad qui, seize jours plus tard, lui a causé une mauvaise surprise en lui annonçant qu’elle avait accouché de … deux jumelles, rapporte le 12 septembre le quotidien al-Riyadh.
«Ma femme a refusé catégoriquement de prendre le bébé, arguant que toutes les échographies ont montré qu’elle était enceinte d’un seul bébé», a confié le mari au journal.
«Devant nos protestations véhémentes, les responsables de l’hôpital ont fait machine arrière, reconnu qu’il s’agissait d’une erreur et se sont mis à chercher la véritable maman du bébé, seize jours après sa naissance.
«C’est la tombola du Ramadan : vous accouchez d’un bébé, un deuxième vous sera offert», commente l’un des très nombreux lecteurs du journal.
«Offre spéciale … un hôpital privé offre des bébés … quantité limitée», ironise un autre citoyen, en référence aux fréquentes tombolas organisées par de nombreux centres commerciaux dans les pays arabes du Golfe, y compris l’ Arabie saoudite où la loterie et la tombola sont assimilées par certains théologiens musulmans à un jeu de hasard (maysar), interdit par l’islam.
Bon nombre d’autres lecteurs en ont profité pour tourner en dérision le ministre de la Santé, cible depuis plusieurs mois de critiques acerbes, en raison de nombreuses erreurs médicales enregistrées dans les hôpitaux publics et privés du royaume, dont le vol de nouveaux-nés ou la remise par erreur de bébés à une autre famille.
«Trop c’est trop, monsieur le ministre, nous vous prions de démissionner !», s’exclame un lecteur qui prend à son compte une demande formulée quelques mois auparavant par … un membre du conseil consultatif.
HT
Lien :
http://www.alriyadh.com/2008/09/12/article373750.html?comment=all
Des millions d’Asiatiques menacés d’expulsion du Golfe
Des millions d’ouvriers immigrés non qualifiés, majoritairement originaires du sous-continent indien, risquent d’être expulsés des monarchies arabes du Golfe qui s’apprêtent à limiter à six ans maximum le temps de séjour de cette main-d’œuvre taillable et corvéable à merci et dont l’économie de ces pays est largement tributaire.
Un plafond … épée de Damoclès
La question de la «limitation du plafond du séjour» des immigrés, décidée «à l’unanimité» par les ministres du Travail des six pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG – Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Oman), sera à l’ordre du jour du sommet annuel de ce groupement régional arabe, prévu courant décembre à Mascate, a affirmé samedi le sous-secrétaire d’Etat au ministère du Travail de Bahreïn, Jamil Humaidan.
Cité par l’agence bahreïnie BNA, il a ajouté que le sommet devrait également entériner une autre recommandation portant sur «la mise en place d’une commission conjointe chargée de préciser les professions qui ne seront pas soumises à ce plafond».
«Quinze millions impliqués … les qualifiés épargnés»
La veille, le ministre bahreïni du Travail, Majid al-Alawi, avait précisé au quotidien saoudien Asharq Al-Awsat que «les médecins, les avocats, les ingénieurs, les enseignants universitaires et le personnel qualifié des banques et des assurances ne seraient pas touchés» par cette mesure.
Selon lui, «l’approbation de ce projet de loi par le sommet de Mascate verra son application sur plus de 15 millions de travailleurs immigrés au cours des cinq prochaines années».
Le système de «kafala» battu en brèche
S’exprimant le même jour sur la télévision satellitaire Al-Jazira du Qatar, M. Alaoui a par ailleurs affirmé que «des experts internationaux se trouvaient à Bahreïn «pour trouver une solution de rechange au système de sponsorship» (kafala), prévoyant que le sponsor-employeur endosse la responsabilité légale de son employé pendant la durée du contrat.
Plusieurs voix se sont élevées contre ce système auquel il est reproché notamment de favoriser l’exploitation des travailleurs. Tous les pays du CCG s’accordent à reconnaître que ce système a des effets négatifs mais n’arrivent pas encore à trouver un autre cadre légal pour définir les conditions de séjour et de travail.
Cependant, ce système, qui s’apparente au trafic d’êtres humains, perdure parce qu’il représente une source de revenus juteux pour les autochtones. Le national est autorisé à embaucher employées de maison et chauffeurs ou recruter des ouvriers dont ils deviennent le «kafil» (garant).
«Ces kafala sont vendues et revendues par les ayants droit, ce qui constitue pour certains d’entre eux une véritable rente», écrivait récemment un quotidien koweïtien.
Préserver l’identité du CCG …
Les pays du CCG, où les étrangers représentent environ 40% d'une population totale de quelque 37 millions et qui s’inquiètent de la menace identitaire que fait peser sur eux cette forte présence de travailleurs étrangers sur leur territoire, étudient depuis le sommet de Manama en 2004 un projet de loi limitant le séjour des ouvriers non qualifiés, sous forme d’un contrat de trois ans renouvelable une seule fois.
Mais les hommes d’affaires et les chefs d’entreprises se sont toujours fermement opposés à ce projet. Dans ces pays, les citoyens sont en général réticents à travailler dans le secteur privé, rechignent à exercer des métiers considérés comme dégradants ou manquent de qualification professionnelle.
… mais surtout sa sécurité
Le débat sur ce projet est revenu avec force sur le tapis après les séries de grèves et de manifestations d’ouvriers immigrés en colère contre leurs conditions de vie et de travail, notamment à Dubaï, à Manama et plus récemment à Koweït.
Plusieurs responsables et éditorialistes n’ont pas caché leur inquiétude, outre la menace sur l’identité nationale, sur les dangers représentés par ces émeutes en série, naguère encore inimaginables, pour la sécurité des monarchies pétrolières.
La peur d’un «tsunami» d’ouvriers immigrés
En janvier dernier, M. Alawi avait estimé, dans une interview d’une rare virulence au même Asharq al-Awsat que la présence de près de «17 millions d’ouvriers immigrés» était «plus grave que la bombe nucléaire».
«Si les gouvernements des pays du Golfe ne s’occupent pas de ce tsunami d’ouvriers immigrés, le sort de la région est très inquiétant», avait alors averti M. Alawi, en exprimant la crainte de voir «d’ici à dix ans, un ministre ou un membre d’un Parlement du Golfe originaire du sous-continent indien».
«Les événements du Koweït sonnent l’alarme dans les pays du Conseil. Ces émeutes risquent de faire tache d’huile», écrivait récemment Hmoud Abou Taleb, un éditorialiste d’Al-Madina, sous le titre éloquent, «l’étincelle».
Son confrère du quotidien Al-Riyadh, Youssef Al-Koulaït, a répliqué par un titre plus inquiétant: «Des mines à retardement», avant de souligner que «le principal défi pour notre sécurité, c’est de devenir minoritaires dans nos propres pays, et c’est déjà le cas dans la plupart d’entre eux».
Diversifier les pays d'origine
Selon les estimations, les étrangers représentent plus de 80% des quelque 4,1 millions d'habitants des Emirats arabes unis, un pays, qui, en Asie, passe pour un Eldorado. Les étrangers représentent environ 70% des habitants du Qatar, 56% au Koweït, 50% à Bahreïn, 27% à Oman et 25% en Arabie saoudite, le plus grand du CCG, en superficie et en nombre d’habitants.
Evoquant dans un long éditorial les dangers qui se profilent à l’horizon et agitant le spectre des dernières émeutes et les actes de vandalisme durant trois jours au Koweït, le quotidien Al-Watan, écrivait le 29 juillet que «la principale erreur des pays du CCG c’est de ne pas avoir diversifié les pays d’origine des travailleurs étrangers, c’est d’avoir recruté des dizaines, voire des centaines de milliers d’ouvriers de certains pays déterminés».
«Ainsi, si des ouvriers en colère décident de recourir à la force et de sortir en masse pour se venger de la société (…), les services de sécurité seront obligés soit de recourir à la force, soit de regarder en spectateurs», concluait le journal.
Expulsions massives = catastrophe: le dilemme
«Nous voulons des ouvriers qui constituent un adjuvent pour l’économie du Golfe et non un fardeau supplémentaire», a déclaré le 14 août au quotidien saoudien le ministre bahreïni dont le pays est à l’origine de la proposition de ce plafond de 6 ans.
Trois jours plus tard, l’économiste saoudien Abdallah Sadek Dahlane s’élevait contre ce projet dans un long article d’Al-Watan.
«Un ministre du Travail du CCG parle de l’expulsion de 15 millions d’ouvriers et d’ouvrières au cours des cinq prochaines années (…). Ce sera alors la catastrophe pour les secteurs de production, des services et sur les familles dans les pays du Golfe, qui recrutent le plus grand taux d’étrangers, en tant qu’ouvriers, domestiques, chauffeurs, portiers, jardiniers, bergers… soit des métiers très difficiles à faire exécuter par des autochtones», écrit-il.
CDD: sans séjour permanent, ni naturalisation
Pragmatique, Dahlane propose des solutions de rechange, notamment celle de «mentionner dans le contrat de travail, d’une durée déterminée, une clause en vertu de laquelle l’immigré s’engage à de respecter ce contrat provisoire, ne pas demander de permis de séjour permanent et ne pas réclamer la naturalisation ».
«Ceci est d’ailleurs conforme aux règlements édictés par l’Organisation Internationale pour les Migrations, stipulant que le contrat à durée déterminée ne donne pas automatiquement droit à la nationalité», conclut-il.
HT
04.9.08
Des jihadistes font leur mea-culpa, Ryad prêche l’anti-terrorisme
L’Arabie Saoudite, berceau du wahhabisme, pièce maîtresse du jihad anticommuniste des années 1980 et qui a fourni le plus grand contingent de kamikazes le 11 septembre 2001, s’efforce maintenant de dissuader les jeunes saoudiens de continuer à «servir de pions sur l’échiquier des groupes terroristes».
Depuis début juillet, la télévision d’Etat saoudienne diffuse chaque lundi soir des «confessions» de vétérans d’Irak, des «égarés» qui affirment avoir retrouvé le droit chemin et appellent leurs anciens frères d’armes à leur emboîter le pas.
Prédicateurs, universitaires et experts à la rescousse
Sur la Chaîne 1, durant l’émission, «houmoumouna» (nos soucis), ces jihadistes repentis sont épaulés par des experts en terrorisme, des prédicateurs spécialistes en charia (loi islamique), des universitaires, spécialistes en psychologie ou en sociologie, des journalistes et pour mieux convaincre des pères de jeunes saoudiens, encore «égarés» dans le maquis irakien.
L’invité de la 9ème édition, le 26 août, était cheikh Jamil Al-Thabiti, le père d’un activiste dont l’aventure s’est terminée dans une prison en Syrie.
Le vieillard, visiblement ému, n’a pas tari d’invectives contre les recruteurs de son fils et d’éloges sur les autorités saoudiennes qui mènent depuis mai 2003 un combat sans merci contre la branche locale d’Al-Qaïda, responsable d’une vague d’attentats ces dernières années dans le royaume.
Diverses motivations… pour mourir en Irak
Auparavant, «Abou Chahd», un rescapé du bourbier irakien, s’est longuement étalé sur les raisons ayant motivé son départ pour «Bilad al-Rafidain», et précisément pour Al-Anbar, alors bastion d’Al-Qaïda en Irak, et sur les raisons de sa répulsion pour ce groupe terroriste.
«Abou Chahd» n’était pas influencé par le rigorisme du wahhabisme, cette interprétation très rigide de l’islam, ni motivé par le nationalisme panislamique qui inspire bon nombre de jihadistes saoudiens, ni animé par le désir de devenir un martyr avec la perspective d’aller au paradis. Ses motivations étaient «personnelles».
«A l’époque, je n’étais pas un musulman fervent. Suite à une forte déception, j’ai décidé de mettre fin à ma vie, en allant Irak», avoue l’ex-combattant, aujourd’hui en «thoub» (tenue traditionnelle) d’une éclatante blancheur.
Lavage de cerveau … et nettoyage des poches
«Abou Chahd » s’élance ensuite dans un long procès des groupes terroristes, Al-Qaïda en tête.
Il dénonce «le lavage de cerveau auquel recourent les recruteurs qui font miroiter au jeune croyant la possibilité de devenir un martyr et d’aller au paradis où l’attendent …70 houris».
Il stigmatise «l’exploitation de la religiosité extrême du jeune candidat au martyre par des coordinateurs qui l’accueillent en Irak, le dépossèdent de son passeport, de son argent, de son téléphone portable et le poussent au paradis par le plus court chemin…. l’attentat-suicide» à l’aide d’une voiture-piégée ou d’une ceinture bourrée d’explosifs.
«L’Arabie visée dans ses jeunes … une chair à canon »
Le général Khaled Al-Khalioui, directeur-adjoint de l’Académie du roi Fahd, spécialisée dans les études sur la sécurité, vient alors à la rescousse pour recommander aux jeunes saoudiens de «ne pas être la chair à canon des services de renseignement d’Etats et de régimes que ne cherchent pas le bien du royaume».
«Il ne faut pas se laisser prendre au piège des groupes terroristes», ajoute-t-il à l’adresse d’une vingtaine de jeunes saoudiens qui assistaient au débat, attentifs mais impassibles.
Lors d’une précédente émission, le général Khalioui avait estimé à «45% le taux de combattants saoudiens en Irak», avant de déplorer que «l’Arabie saoudite, berceau de l’islam, centre du monde islamique et grande puissance économique, soit visée de nombreux ennemis… dans sa jeunesse trop prisée par les groupes terroristes».
«Pourquoi sommes-nous des pions sur l’échiquier du terrorisme ?»
Des universitaires et des journalistes, participant aux émissions ou via la presse locale, se sont posés mille question et se sont évertués à expliquer les raisons de la forte implication de jeunes saoudiens dans les conflits extérieurs.
Pourquoi les Saoudiens sont-ils les principaux pions sur l’échiquier des groupes terroristes ? Pourquoi quittent-ils une vie paisible de confort matériel pour une mort quasi-certaine dans un pays étranger ? Les Saoudiens auraient-ils un sens plus aigu et plus profond de la solidarité panislamique que le reste des musulmans ?
En tout cas, selon Farès ben Houzam, expert d’Al-Qaïda et éditorialiste du quotidien Al-Riyadh, «près de 5.000 Saoudiens, en majorité des adolescents, se sont déjà rendus en Irak et leurs motivations ne sont pas matérielles».
L’universitaire et journaliste Ali Al-Khachibane et le sociologue Hafedh al-Hafedh approuvent de concert: la pauvreté, le chômage et le vide affectif ne sont les principales raisons de ce prosélytisme jihadiste.
Selon le chef du département d’histoire et de sciences politiques à l’Université d’Oum Al-Qoura à La Mecque, Adnane al-Harthy, ce qui pousse le jeune saoudien à franchir le Rubicon, c’est «le sentiment de défaite, notamment militaire, de la nation musulmane et le manque de confiance dans les solutions politiques. Ce sentiment le pousse à toutes les formes d’extrémisme».
C’est pourquoi les Saoudiens ont formé les plus grands contingents de combattants étrangers, dont des milliers sont tombés en martyrs depuis le milieu des années 1980 en Afghanistan, en Bosnie-Herzégovine, en Tchétchénie, en Irak et partout ou des musulmans sont opprimés, s’accordent à souligner fièrement des lecteurs de la presse saoudienne.
Wahhabisme oblige !
Mais le professeur de sciences politiques à l’Université du roi Abdel Aziz, Wahid Hamza Hachem, pense, lui, que l’extrémisme est inhérent à la société saoudienne.
«Dès leur prime enfance, les Saoudiens sont allaités et nourris de discours imprégnés d’extrémisme religieux. Il s’agit d’une incitation à la haine de l’autre qui s’est accumulée au cours de plusieurs générations», avoue M. Hachem, dans une référence implicite à la doctrine wahhabite, accusée en Occident d’enseigner l’intolérance et la violence contre les autres croyances religieuses.
Un «égaré» de gagné … trois de perdus
Et le débat continue parallèlement à la réhabilitation des «égarés» détenus dans les centres de rééducation des terroristes à travers le royaume .
En novembre 2007, le membre d’une commission chargée de faire renoncer les fondamentalistes à leur idéologie avait annoncé la libération de 1.500 fondamentalistes repentis qui faisaient partie de 3.200 islamistes.
Il n’avait toutefois pas précisé si les autres avaient refusé de renoncer au «takfirisme», une doctrine dont les adeptes condamnent comme apostats les dirigeants musulmans qui s'éloignent de l'islam originel et prônent l’instauration d’un Etat islamique à l'échelle planétaire.
«Certes, les campagnes préventives menées par les forces de sécurité ont permis de faire tomber des têtes remplies de haine. Certes le programme de réhabilitation a donné quelques fruits, mais ce n’est pas suffisant», souligne le même Hachem.
Et d’ajouter, métaphoriquement: «Un jeune saoudien revient d’Irak en pleurant et en criant: regardez, je renais à la vie !... »
«Mais sur le chemin de retour, il rencontre deux ou trois autres jeunes saoudiens ... en partance pour la mort !».
HT
Le 3.9.08
Arabie: «Guerre des idées» contre jihado-martyrisme
Des Saoudiens qui ne sont pas «tombés en martyrs» en Irak subissent actuellement un lavage de cerveau antiterroriste, dans le cadre de la «guerre des idées» mené tambour battant en Arabie saoudite pendant Ramadan, le mois de jeûne musulman mais aussi, pour les jihadistes, la saison du martyre.
Lundi 8 septembre, deux kamikazes repentis ont longuement raconté sur la Chaîne 1 de la télévision saoudienne comment ils ont pu échapper miraculeusement à la «caravane des martyrs».
A leur départ pour l’Irak, gavés de propagande jihadiste et saoulés de haine et de rage contre «l’occupant américain», ils étaient pourtant désireux de mourir, avec la perspective d’aller au paradis.
«A notre arrivée, ils nous ont demandé de prêter allégeance à quelqu’un qui se fait appeler Abou Omar Al-Baghdadi et qui s’est autoproclamé émir du soi-disant Etat islamique en Irak», raconte «Abou Mohamed», à la barbe bien taillée.
Il fait référence à des membres de la branche locale d’Al-Qaïda.
Le Saoudien «kamikaze» archétypique
«Au début, ils nous ont donné à choisir entre le combat et les opérations-martyrs. Ensuite, ils nous ont dit qu’ils avaient besoin seulement de volontaires pour des opérations-suicides», enchaîne «Abou Saleh», à la barbe hirsute et dont l’accoutrement rappelle celui des Moutawa, la redoutable police religieuse saoudienne.
Les deux hommes racontent ensuite comment ils ont été confiés à des jihadistes qui les ont «vendus» à la police irakienne qui les a remis aux forces américaines. Après plusieurs mois de captivité, ils ont été remis aux autorités saoudiennes.
Tous les deux ont affirmé que les groupes jihadistes affectent surtout des Saoudiens pour l’exécution d’attentats-suicides. Selon eux, les Saoudiens rencontrés en prison sont âgés entre 20 et 26 ans, la plupart particulièrement obsédés par le martyre.
A l’instar des précédentes «confessions» de vétérans d’Irak, commencés début juillet, ces témoignages confirment des affirmations américaines et irakiennes selon lesquelles les Saoudiens seraient largement surreprésentés parmi les auteurs d’attentats-suicides.
Aller au paradis … et mieux encore, à la faveur de Ramadan
En outre, de nombreuses biographies de «martyrs» saoudiens en Irak, mises en ligne sur des sites internet ces dernières années, évoquent la prédilection des Saoudiens à tomber en martyrs durant Ramadan, particulièrement durant ses dix derniers jours et encore mieux pendant la «nuit du destin», le 27e jour de ce mois sacré, celui de la révélation du Coran.
Les groupes jihadistes tirent parti de l'occasion pour galvaniser sur l'internet les combattants de la guerre sainte, en mettant en exergue la Conquête (bataille) de Badr, la première bataille victorieuse des musulmans, qui a eu lieu le mardi 17 Ramadan de l'An 2 de l'Hégire" (624 du calendrier grégorien).
"Contrer l’extrémisme durant Ramadan»
C’est pourquoi, à la veille de Ramadan, le mufti, cheikh Abdelaziz Al-Cheikh, qui préside le Conseil des grands oulémas, la plus haute autorité religieuse du royaume, a prévenu les jeunes saoudiens de se diriger vers les zones de conflits et de zizanies» au nom du jihad.
Le mufti a toutefois pris soin de préciser qu’il ne cherchait pas à «minimiser la valeur du jihad ou à méconnaître ses bienfaits», l’Arabie saoudite étant le porte-drapeau de l’islam et le jihad étant une obligation pour la communauté des croyants.
A la veille de ramadan, les autorités, qui avaient lancé un programmes de réhabilitation de milliers d’extrémistes, dont certains se sont repentis, ont organisé une exposition a Ryad, baptisée «lutte contre le terrorisme».
Pour sa part, la presse locale a réservé une large place à la couverture des «confessions des égarés» à la télévision, auxquelles elle a consacré de longs commentaires.
Un paradis peuplé de houris «halal»
«Pendant Ramadan, nous aspirons tous à la pénitence et au paradis (…) mais pas celui des nouveaux jihadistes présumés, ceux qui se posent en martyrs à la recherche des plaisirs promis par les apôtres du mal», écrivait le 27 août l’éditorialiste d’al-Riyadh, Hachem Abdo Hachem.
«Nos jeunes sont visés par les groupes terroristes. Chaque jour, des dizaines de nos jeunes s’en vont en enfer et non au paradis promis. Cela dépasse toutes les bornes», s’indignait l’éditorialiste, sous le titre «contrer l’extrémisme durant Ramadan».
«Nos jeunes sont pris en otage par les sites Internet jihadistes qui sont submergés par des clips vidéo, des images de propagande et des appels au jihad en Irak, des conseils pratiques pour s’y rendre et rejoindre les houris qui les attendent aux paradis. Décidément, leurs cerveaux sont vides», avait alors commenté un lecteur du journal.
Lors de l’émission de lundi, «Abou Saleh» s’est interrogé sur les raisons qui poussent les jeunes saoudiens à se diriger vers l’Irak, la Tchétchénie ou l’Afghanistan, pour se faire exploser.
«Depuis 20 ans, nous cherchons ces raisons. Elles sont à chercher dans le terroir, à l’intérieur même de la société», a-t-il répondu laconiquement.
Rejoindre les houris plus tôt que prévu
«Le paradis représente un élément primordial dans la foi musulman (…). En Arabie saoudite, le paradis est encore plus omniprésent dans l’imaginaire du Saoudien depuis sa prime enfance (…). L’imam de la mosquée évoque constamment les houris promises aux fidèles qui accèderont au paradis», écrivait récemment Bandar al-Suleiman, dans une longue analyse sur un site internet.
«La frustration sexuelle est l’une des raisons qui poussent les fidèles à penser constamment au paradis. C’est cet imaginaire sexuel débridé qui pousse le Saoudien à emprunter le plus court chemin vers le paradis», écrivait ce spécialiste des affaires saoudiennes.
HT
10.9.08
La mendicité, aussi un mal nécessaire pour nombre de Saoudiennes
Depuis début Ramadan, les autorités saoudiennes ont durci leur campagne contre la mendicité, un «business» qui peut s’avérer lucratif particulièrement pendant le mois de jeûne musulman, mais aussi un mal nécessaire pour bon nombre de Saoudiennes, surtout parmi les abandonnées, les répudiées, les divorcées et les veuves.
La campagne, qui atteint son crescendo durant ce mois de charité et d’entraide, consiste à traquer les mendiants notamment devant les mosquées, les centres commerciaux et sur les places publiques.
Les mendiants s’évertuent à tromper la vigilance des policiers et inventent à chaque fois de nouveaux procédés. La presse avait même fait état de l’arrestation de parlé de mendiants surpris en train d’envoyer des SMS ou téléphonant avec leurs portables pour alerter leurs confrères sur les mouvements des brigades anti-mendiants.
Les Saoudiennes plus nombreuses à faire la manche
Selon les statistiques du ministère des Affaires sociales, sur les 30.088 mendiants recensées en 2006 dans le royaume, 5.317, soit 17,8%, étaient des autochtones: les Saoudiennes étaient largement en avance, soit 3.949 femelles contre 1.368 mâles.
Bien qu’interdite et réprimée, la mendicité a encore prospéré. Il ne se passe de semaine sans que la presse locale ne fasse état d’interpellations.
Les étrangers, soit près des 80% des personnes interpellées, sont expulsés. Les nationaux sont «soit orientés vers le bureau du travail, s’ils sont aptes, soit conduits vers des centres de protection sociale, selon leur âge et leur sexe», a rappelé le ministre des Affaires sociales, Youssef al-Othaïmin, le 5 septembre.
Des femmes associées à la traque de femmes
Le même jour, soit au 4e jour du Ramadan, le quotidien Al-Watan écrivait que la mendicité a atteint une telle ampleur que «des femmes ont été associées à la campagne contre les mendiantes» dans certaines régions du royaume, dont la province orientale.
Citant un responsable du département de lutte contre la mendicité dans cette province, le journal rapportait que «certaines personnes arrêtées étaient en possession de grandes sommes» d’argent.
Des mendiantes aguichantes
La presse locale rapporte souvent le cas de mendiants qui gagneraient jusqu'à 100 dollars par jour, soit près de la moitié du salaire mensuel d'un ouvrier asiatique dans les monarchies arabes du Golfe.
Plusieurs quotidiens ont réservé une large place à la mendicité galopante.
«Depuis le début du mois sacré, les mendiants entachent les sites touristiques de la ville d’Abha», la capitale d’Assir, écrivait le quotidien Al-Watan.
«Ils abusent de la générosité du peuple saoudien pour mettre les bouchées doubles en ce mois béni», renchérissait Al-Iqtissadiya.
Le quotidien Al-Youm a consacré quatre articles à «la mendicité dernier cri» et aux «mendiantes à la mode» pour fustiger, pudiquement, les mendiantes professionnelles, aguichantes et qui «opèrent en tenues de marques».
Le tout est illustré par une photo d’une jeune femme élégante conversant avec un jeune automobiliste, visiblement trop généreux.
«Elles refusent de travailler, elles refusent toute aide sociale parce qu’il leur suffit de tendre la main … et ça rapporte gros», commentait un lecteur.. «Une mendiante qui a besoin de dix riyals pour ‘’prendre un taxi’’, en réclame mille lorsqu’on lui propose de la déposer», ironisait un autre, sans gêne.
Une nécessité vitale
Mais «Oum Saad» n’est pas une professionnelle.
La cinquantaine révolue, issue d’un milieu pauvre, «Oum Saad» n’est jamais allée à l’école et n’a appris aucun métier.
Elle s’est trouvée abandonnée par son toxicomane de mari avec huit enfants sur les bras ... Alors, elle tend la main.
Elle fait la quête devant une mosquée à Médine. Elle se fait accompagner par l’un de ses enfants, affligé d’une cécité congénitale, pour apitoyer les fidèles.
«Oum Saad» soutient qu’elle a frappé à toutes les portes.
La sécurité sociale lui a demandé de «justifier d’une attestation d’abandon» (çak al-hijran) pour bénéficier d’une allocation, d’ailleurs maigre.
Or, comment apporter au juge, un mâle, la preuve de son abandon par son mari dans un pays où la femme n’a pas le droit de demander le divorce, alors que l’homme peut répudier son épouse ou ses épouses en un clin d’œil?
Selon la charia (loi islamique), strictement appliquée en Arabie saoudite, il suffit à un musulman d’annoncer trois fois à sa femme, de vive voix et devant témoins, sa décision de divorcer pour que l’union soit rompue.
Acculées à la mendicité
«Certains juges obligent une femme qui demande à se séparer de son époux de renoncer à tous ses droits financiers, voire à lui restituer sa dot, même si le mari est un violent ou un drogué», déplorait Souhaila Zine el-Abidine Hammad, dans un article sur «la femme saoudienne et la mendicité», paru le 4 septembre dans le quotidien saoudien Al-Madina.
«Certaines épouses sont acculées à l’endettement pour rembourser leurs maris. C’est comme si on récompensait un mari pour son addiction à la drogue ou sa violence contre sa femme !», s’indignait la journaliste.
«Bon nombre de Saoudiennes sont victimes de problèmes sociaux comme la dislocation de la cellule familiale ou le divorce, qui se sont exacerbés ces dernières années. Le plus étonnant, c’est que des femmes mariées s’adonnent de plus en plus à la mendicité à cause de la pauvreté ou du chômage», écrivait-elle.
Saoudiennes mendiantes: spectacle banalisé
Le spectacle de Saoudiennes accroupies à la sortie d’une mosquée, quémandant des passants dans les rues ou des automobilistes dans les carrefours n’étonne plus les citoyens de ce pays pourtant ultraconservateur.
«Les Saoudiens ne s’étonnent plus parce qu’ils se sont habitués à de nombreux phénomènes, naguère encore inconcevables, même s’ils les réprouvent», a commenté, sous couvert d’anonymat, un sociologue saoudien.
Il a évoqué «le nombre effarant de Saoudiennes qui s’adonnent à la prostitution et à la drogue», «la multiplication des fugues de jeunes filles» du foyer familial ou «les dernières statistiques sur les lycéennes qui s’adonnent au tabac».
6.9.08
Négociations d’un accord de libre-échange CCG-UE: «stériles et à réviser»
«Les négociations avec l’UE sont stériles. Elles n’ont pas donné de résultat et doivent être révisées», a déclaré Abdallah Al-Quwaiz, ancien secrétaire général adjoint du CCG pour les Affaires économiques, dans un article publié le 1er septembre par le quotidien saoudien Al-Iqtissadiya.
M. Quwaiz a estimé avoir adressé un message clair aux chefs de diplomaties des pays du CCG leur demandant d’«arrêter les négociations sur le projet d’accord de libre-échange et d’entamer des pourparlers sérieux sur des questions touchant à la vie quotidienne des citoyens et hommes d’affaires des deux groupements régionaux, et contribuant au renforcement des investissements européens dans les pays du CCG et à l’équilibre de la balance commerciale» actuellement largement favorable à l’UE, leur principal partenaire commercial.
Le CCG (Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes unis, Qatar, Bahreïn et Oman), fondé le 25 mai 1981, discute depuis 1988 d’un accord de libre-échange avec l’UE. La conclusion de l’accord est périodiquement annoncée comme imminente depuis de longues années, mais le projet est toujours dans l’impasse.
En juin dernier, le secrétaire général du CCG, Abdel Rahman Al-Attiya, avait imputé à l’UE l’enlisement des négociations et le retard de la conclusion d’un accord de libre-échange.
«L’UE a adopté un partenariat stratégique avec Israël qu’elle tente d’imposer aux pays du C.C.G. qui refusent l’instauration de relations avec Israël jusqu’à la signature d’un accord de paix global qui permettra la formation d’un Etat palestinien et mettra fin à l’occupation», avait notamment déclaré M. Attiya à l’issue d’une réunion ministérielle du CCG à Djeddah.
M. Attiya avait même averti que «le prochain round de négociations, prévu en septembre 2008, sera décisif : soit la signature d’un accord, soit l’arrêt des négociations».
M. Quwaiz, également ancien secrétaire d’Etat au ministère saoudien des Finances et de l’Economie, a pour sa part accusé le Parlement européen d’avoir «entravé les négociations en posant, dans un communiqué publié le 24 avril dernier, neuf exigences, en particulier une relative aux droits de l’Homme» dans les pays du CCG.
«Il semble que la liste des exigences de l’UE ne va pas s’arrêter et que les Européens sont embarrassés par ces négociations. D’ailleurs, ils ne sont pas convaincus que celles-ci leur apporteront des profits commerciaux supplémentaires », a-t-il dit.
«En effet, l’UE est le principal partenaire commercial du CCG. L’UE a depuis plus d’un quart de siècle un excédent commercial très important et permanent avec le CCG dont les investissements affluent massivement et sans interruption vers l’ Europe » a-t-il ajouté.
Selon lui, les investissements des pays du CCG en Europe sont estimés au total à plus de 100 milliards de dollars entre 2002 et 2006, soit près de 20% de leurs investissements à l’étranger, alors que les investissements européens dans les six pays du Golfe n’ont pas dépassé les 13 mds USD durant la même période, soit près de 1% de l’ensemble des investissements des pays européens à l’étranger.
En 2006, les échanges UE-CCG se sont élevés à plus de 110 milliards de dollars (75 milliards d’euros). L’UE a ainsi chiffré à 47,4 milliards d’euros ses exportations vers le CCG, qui constitue son 5e client, alors que les pays du CCG ont exporté vers l’UE pour 35,2 milliards d’euros de marchandises, notamment du brut, des produits pétrochimiques et de l’aluminium, selon des statistiques européennes. Le tiers des importations des pays du CCG provient de l’UE.
«En définitive, Il est clair que les négociations ne répondent pas aux attentes des deux parties», a conclu l’éminent économiste, avant de suggérer huit propositions de coopération entre les deux groupements régionaux.
M. Quwaiz a proposé notamment «la mise en place d’un programme commun d’industrialisation cofinancé par les deux groupes et dans lequel le secteur privé aurait le rôle prédominent», «l’abrogation des visas d’entrée, en particulier pour les hommes d’affaires des deux groupes de pays» et «la création par les pays de l’UE d’institutions de formation et d’entrainement de cadres rodés à l’expertise, à la technologie et à la production européennes».
Habib Trabelsi
Le 2 sept 2008