Par Habib TRABELSI
Plus de cinq milliards de dollars sont subtilisés chaque année par des charlatans de tout poil qui écument le monde arabe, en particulier les riches monarchies du Golfe, avec en tête l’Arabie saoudite, haut lieu de prières et terrain fertile pour les amateurs d’argent facile.
Malgré les mises en garde des autorités saoudiennes contre des escrocs et des charlatans jamais à court d’imagination, malgré la vigilance de la redoutable police religieuse, la presse locale fait état régulièrement d’opérations d’escroquerie aux procédés variés et des plus extravagants.
Des escrocs se faisant passer pour des hauts responsables proposant par courrier des contrats juteux mais toujours en demandant des «avances de paiement», des associations islamiques philanthropiques fictives demandant des dons pour des programmes de bienfaisance, mais surtout des «magiciens» prétendant «faire accoucher» de l’argent.
Ces maîtres-trompeurs sont quasi-exclusivement de «nationalités» africaines, en particulier des Nigérians et des Tchadiens, mais aussi des ressortissants arabes, notamment des Soudanais, selon la presse.
Ils persuadent leurs victimes que leur argent peut «faire des petits», grâce à une poudre bénie et grâce au concours des génies.
Bon nombre d’entre eux entrent dans le royaume pour accomplir le pèlerinage annuel à La Mecque ou la omra (petit-pèlerinage) puis se perdent dans la nature et se transforment en résidents clandestins.
Depuis le 16 novembre, la presse saoudienne a fait état de cinq coups de filet qui ont permis l’arrestation de quatorze charlatans au total –treize de «nationalités africaines» et un Egyptien – opérant généralement par groupes de trois, à La Mecque, à Médine ou à Djeddah.
Parmi les victimes, figurait un Saoudien de 36 ans qui a vu ses rêves d’enrichissement magique se volatiliser en même temps que ses 400.000 euros d’économies.
La police devait ensuite lui restituer 128.000 euros récupérés après l’arrestation des quatre «magiciens» africains.
La recette des «accoucheurs» est simple et presque toujours identique: d’abord, ils persuadent leur victime crédule que son argent peut être «multiplié» autant de fois qu’il le souhaite.
Pour cela, ils n’ont besoin que d’une petite démonstration au cours de laquelle le candidat à l’enrichissement facile assiste à la transformation, par un tour de prestidigitation, d’un bout de papier noir en un billet de 100 dollars. L’intéressé mord à l’hameçon.
Il font ensuite «couver» la somme à «multiplier» pendant au moins 48 heures dans une mallette après l’avoir saupoudrée d’une substance «magique» et placée dans une chambre obscure remplie de fumée d’encens.
Les charlatans préfèrent généralement des devises étrangères
Certains candidats à l’enrichissement commencent par faire «couver» de petites sommes. D’autres, pressés de devenir encore plus riches, mettent des millions … une fois pour toutes.
Certains escrocs parviennent à s’envoler avec leur butin avant la fin de la «couvaison».
La presse fait souvent état d’arrestations, mais la plupart des victimes, honteuses de leur naïveté, avalent la pilule et n’alertent pas la police.
Dans les Emirats arabes unis, lieu d’élection pour affairistes de tout poil, 72 cas d’«accouchement d’argent», impliquant 133 charlatans, ont été recensés en 2007, rapportait récemment le quotidiens Al-Khaleej, citant des statistiques de la police de Dubaï
Pendant les neuf premiers mois de 2008, seulement 36 cas ont été enregistrés et 63 personnes arrêtées, se félicitait la police de l’émirat, eldorado des escrocs et théâtre ces dernières années de plusieurs grandes opérations frauduleuses.
Selon une étude réalisée par un expert égyptien. Mohamed Abdel Adhim, plus de cinq milliards de dollars sont dépensés chaque année dans le charlatanisme dans le monde arabe, les principales victimes étant les femmes, proies faciles attrape-nigauds.
Selon lui, «les crimes de charlatanisme ne touchent pas seulement les analphabètes. Certaines victimes ont un haut niveau d’éducation. La moitié des femmes arabes croient dans le pouvoir de la magie. Les divorcées et les vieilles filles surtout recourent aux charlatans et aux guérisseurs pour trouver des maris».
En Arabie saoudite, où ceux qui s’adonnent à la magie, au charlatanisme et à la sorcellerie, peuvent encourir la peine capitale, en fonction de la gravité du crime, la «Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», la police religieuse chargée de veiller à l’application de la charia (loi islamique), annonce souvent l’arrestation de charlatans ou de faux guérisseurs par le Coran.
Le 18 décembre encore, la Commission a arrêté à Médine «un magicien qui abusait sexuellement de ses patientes, habitées présumées par le djinn, en prétendant pouvoir chasser le Malin en leur lisant des versets coraniques», rapportait le quotidien Al-Riyad.
Outre le pouvoir d’extirper le djinn par son membre viril, l’«Africain affirmait être capable d’exhumer les trésors enfouis dans les tréfonds de la terre».
19.12.08
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