2.12.08

Affaire Morin: des Saoudiens vexés des largesses d’une princesse

Par Habib TRABELSI

Des Saoudiens ont exprimé mardi (2 décembre) leur indignation à l’annonce par le quotidien Al-Riyadh de dons généreux octroyés par une princesse saoudienne à une Canadienne retenue contre son gré dans le royaume.

Selon le journal, la princesse Sarah bent Moussaed a fait don d’un appartement, d’une voiture et de 20.000 riyals (environ 5.400 dollars) à la Québécoise, Nathalie Morin, dont l’époux saoudien, Saeed Al-Shahrani, s’oppose depuis plus de trois ans à son retour au Canada avec leurs trois enfants, Samir (7ans), Abdallah (2 ans) et Sarah (une nouveau-née).

Les membres de cette famille, qui vivaient dans un appartement délabré à Bicha (sud) l’une des villes les plus déshéritées du royaume, habiteront désormais dans leur nouvel appartement à Dammam (est), qui sera entièrement équipé par l’Association caritative «Al-Birr».

Ils bénéficieront en outre d’un soutien financier, de soins médicaux gratuits dans un hôpital spécialisé et leurs enfants d’allocations scolaires. En outre, "des instructions ont été données pour assurer un emploi adéquat" à l’épouse, toujours selon le journal, généralement bien informé.

"Nathalie Morin a remercié la princesse Sarah et salué le geste noble d’autres princesses saoudiennes qui l’ont contactée, pour s’enquérir de sa situation", rapporte le journal.

Certains lecteurs ont vu dans ce geste «un exemple de solidarité donné par un membre de la famille royale», d’autres «un témoignage de la générosité arabo-musulmane légendaire».

Mais la quasi-totalité des quelque 150 lecteurs qui se sont exprimés sur l'édition électronique du journal, ont vivement déploré que les Saoudiens déshérités ne puissent pas bénéficier des mêmes faveurs qui, selon certains, «ont été dictées par la pression des media occidentaux».

«Des milliers de Saoudiens pauvres crèvent de faim. Personne ne se soucie d’eux, parce que les medias occidentaux ne parlent pas d’eux», écrit «Hanan».

«Promenez-vous dans les quartiers malfamés de Ryad et vous constaterez que les conditions de vie des enfants sont beaucoup plus lamentables que celle de Samir et Abdallah qui ne manquent même pas de jouets, comme le montre la photo (publiée par le journal). Que dire aussi des milliers de jeunes Saoudiens qui ne demandent qu’à travailler ?», écrit Abdel Majid Chemmari.

«Plus des trois-quarts des Saoudiennes sont au chômage … et on ose donner des instructions pour assurer un emploi adéquat à la Canadienne !», s'indigne «Jawhara», en accusant les autorités d'avoir "cédé, une fois de plus, aux pressions étrangères».

«C’est simple. Demain, j’épouserai une Canadienne ou n’importe quelle Occidentale !», ironise Abdel Aziz qui affirme être «au chômage depuis trois ans, endetté jusqu’au cou». Il affirme "maîtriser trois langues, tout comme Saeed Al-Shahrani".

Selon Al-Riyadh, «Shahrani, qui parle l’anglais, le français et le turc, espère maintenant gagner beaucoup plus que le salaire de misère, de 2.800 riyals (environ 700 US dollars), qu’il percevait en tant que rapporteur de séance».

«Mais la mère de Nathalie, Johanne Durocher, poursuit sa campagne médiatique hostile, en français et en anglais, pour influencer les milieux gouvernementaux au Canada», déplore le journal.

Nathalie Morin avait rencontré Al-Shahrani en 2001 au Canada où il séjournait illégalement, avant d’être expulsé en 2002. Elle l’avait rejoint en Arabie Saoudite deux ans plus tard.

En avril dernier, Mme Durocher avait affirmé dans une conférence de presse que sa fille vivait enfermée avec ses enfants dans une maison sommairement aménagée et que son mari la frappait et la privait de sortie.

Mme Durocher avait aussi demandé l’aide du gouvernement canadien à mettre la pression sur le gouvernement saoudien pour obtenir l’extradition de Nathalie et de ses enfants.

Mais le porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, Rodney Moore, avait alors expliqué à la presse que bien que le gouvernement canadien soit «préoccupé» par la situation de Mme Morin, il ne pouvait s’ingérer dans les affaires saoudiennes.

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