Habib TRABELSI
Des intellectuels saoudiens dénonçaient toujours jeudi l’extrémisme, l’obscurantisme et la bigoterie, plus de dix jours après un incendie «criminel» qui avait ravagé les locaux d’un Club culturel où devait se tenir une soirée poétique mixte et qu’ils attribuent aux religieux radicaux dans le royaume ultraconservateur.
Les talibans arrivent !
«La culture talibane est arrivée à Al-Jawf !», avertit Turki Al-Dakhil, l’un des principaux détracteurs du courant religieux rigoureux et l’un des meilleurs éditorialistes d’Al-Watan, un quotidien qui avait fait dans le passé les frais d’un bras de fer entre les conservateurs et les libéraux.
Le 12 janvier, une soirée poétique devait être organisée au Club culturel d’Al-Jawf, la plus importante localité de la province nord, limitrophe de la Jordanie. Trois poètes, Abdel Aziz Al-Charif, Mohamed Khodr Al-Ghamdi et Halima Mouzaffer, devaient y participer.
Mais la joute poétique a été annulée in extremis, les locaux du Club culturel ayant été réduits en cendre par un gigantesque incendie. Selon la police, il s’agit d’un acte criminel… c’est-à-dire une marque de fabrique des radicaux, opposés à toute forme de mixité.
Le président du Club, Ibrahim Al-Homaïd, a d’ailleurs affirmé à la presse que la direction avait reçu plusieurs appels téléphoniques anonymes exigeant l’annulation de la soirée. Quelques heures avant le sinistre, le standard du Club avait enregistré plusieurs appels anonymes pour obtenir confirmation de la présence d’une femme dans la soirée.
«Il est évident que les auteurs de cet acte criminel sont imbus de la même culture moyenâgeuse qui a poussé les talibans dirigés par le mollah Fazlullah à incendier plus de 150 écoles de filles dans la vallée de Swat (nord-ouest du Pakistan) pour les priver d’éducation», écrit Dakhil.
Depuis plus d’un an, plusieurs dizaines d’établissements scolaires pour filles ont été incendiés ou plastiqués par les militants islamistes des talibans dans la vallée du Swat où les talibans règnent en maîtres absolus.
«Celui qui brûle aujourd’hui un club culturel, n’hésitera pas demain à assassiner un intellectuel et ne s’embrassera pas de perpétrer des explosions ou des opérations suicides», avertit encore Dakhil.
Haro à «la culture nauséabonde» !
«Les cendres (du Club) annoncent l’échec des rancuniers, des obscurantistes, aux cerveaux pourris par une culture nauséabonde», écrit pour sa part la journaliste et écrivaine saoudienne Malaak Al-Khaldi, qui affirme avoir été «frappée de stupeur en apprenant la nouvelle de l’incendie des locaux du Club culturel».
«Voici que nous ajoutons de la noirceur à notre société, par des mains criminelles et des idées stupides des obscurantistes», s’indigne l’intellectuelle saoudienne.
Dans une déclaration au quotidien Al-Hayat au surlendemain du sinistre, la poétesse a notamment estimé que «cet acte criminel constitue une atteinte flagrante à une institution officielle» et réclamé des «autorités compétentes» des mesures pour «protéger les intellectuels et les institutions culturelles».
«Autrement, l’incendie du Club culturel d’Al-Jawf pourrait s’étendre à d’autres régions», a averti Halima Mouzafer, en dénonçant «certains extrémistes qui refusent à la moitié de la société le droit à la culture».
Al-Khansa et Al-Sanea citées en exemples
«Le Prophète Mahomet lui-même demandait à Al-Khansa de déclamer des poèmes», a ajouté Mouzaffer, en référence à la célèbre poétesse arabe (vers 575-vers 660), auteur d'élégies funèbres qui restent toujours des modèles du genre.
«Le paysage culturel est-il condamné à demeurer masculin ?», s’est pour sa part interrogé le journaliste Abdel Aziz Al-Mansouri.
«La colère de ceux qui interdisent et incriminent le cinéma, qu’ils considèrent comme un mal absolu, s’est-elle maintenant retournée contre les clubs culturels», s’est demandé Mansouri, sans citer nommément le président de la «Commission, pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», chargée de faire appliquer la charia (loi islamique) dans le royaume.
«Tout le monde sait bien que le cinéma est un grand mal et une dépravation. Nous rejetons ce mal», avait fulminé cheikh Ibrahim Al-Ghaith, lors d’une conférence le 19 décembre à Ryad.
«Il ne fait aucun doute que l’organisation d’une soirée culturelle mixte n’était pas du goût des radicaux qui s’obstinent à priver la moitié de la population de cinéma, de théâtre, de clubs culturels et de sport, au nom du soi-disant respect de la non-mixité. Ceci signifie clairement que ces obscurantistes cherchent à isoler l’Arabie sur la scène internationale», écrivait récemment un internaute sur un site dédié exclusivement aux écrivaines et poétesses saoudiennes.
http://www.xx5xx.net/news/index.phpdedie
«Les Saoudiennes veulent respirer. Le royaume ne manque pas de talents féminins, mais nous avons besoin d’ouverture et de liberté», écrit Hanadi, en énumérant les noms de femmes de lettres saoudiennes, notamment la romancière Rajaa Al-Sanea, l’auteur des «Filles de Riyad», qui avait fait partie en 2005 des meilleures ventes mondiales.
24.1.09
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